IMAGINATIONS 3,4,5

 
Dans l'homme que l'imagination domine, les idées se lient par les circonstances et par le sentiment. Diderot  

                                     3
 
Je trace mes hypnographies sous la dictée d’une imagination visuelle indéfinissable Je fais des pages entières de signes, alignés côte à côte, comme autant de grains de sable, représentant le spectacle bariolé du monde, sur une surface toujours égale et toujours changeante, pareille aux dunes que pousse l’harmattan que d’aucuns nomment le vent mouvant et émouvant de la poésie
                                      4

Laissant sans fin courir son imagination, parfois l’assaillait la vision d’un idiot: un idiot momo à Nyouyork au Moma, un Dorio loriot pratiquant l’art brut, suivant Artaud à la recherche du peyotl chez les Tarahumaras, jusqu’au tournis d’Achab poursuivant Moby Dick qui soufflait sur l’horizon lapis-lazzuli, bijoux d’azur, bols pour ablutions, nuit sur nuit, laissant courir sans fin son imagination

5

Vivre sans imaginer une vie autre c’est vivoter Mais l’imagination mise à toutes les sauces sans l’expérience de sa propre vie c’est une voie sans issue c’est tirer de la poudre aux moineaux prendre des lanternes pour des vessies ne pas savoir à quel clou pendre sa lampe qui éclaire nos nuits J’imagine qu’en disant tout cela je n’ai pas aidé mes dix-sept lecteurs qui ne sont pas tombés de la dernière pluie même si passant entre les gouttes ils ont tout loisir d’imaginer une suite et de l’écrire blanc sur noir

je trace mes hypnographies sous la dictée d’une imagination visuelle indéfinissable

ÊTRE DE NULLE PART

Être le patron de la Reine des Mers un navire chargé de produits à part

Être couché sur le matelas de la princesse au petit pois

Être celle qui joue divinement du violoncelle de Bach

Être celui qui lance le dé du hasard

Être la pluie et ses baguettes de cristal

Être l’enfant aux semelles de vent

Être l’herbe qui pousse entre les pavés

Être la page écrite cette nuit sur la plage de Botaï

LE RECOURS AU DICTIONNAIRE

Jamais je n’écris un texte sans avoir recours au moins une fois au dictionnaire. Cette nuit par exemple il s’agissait de m’assurer de l’adjectif insigne. Mes livres Poèmes à ma morte et Un dictionnaire à part moi, suivent la forme abécédaire. Je feuillete essentiellement Le Petit Robert, je me perds dans  ses étymologies, je lis l’alphabet phonétique pour vérifier la prononciation standard. Je m’égare dans le personnage perecquien de Cinoc, le tueur de mots qui partent à la casse, je pastiche le chanteur Sansévérino, qui répète la cigarette la cigarette la cigarette et moi le dictionnaire le dictionnaire le dictionnaire Ma diction erre de cadavres exquis en enchanteur pourrissant, dans l’impitoyable partage entre les mots et les choses, bric à brac et frictions entre réel et fiction.

QUI ME RETIENT QUI ME FAIT AVANCER

Je ne dis les autres sinon pour d’autant plus me dire. Michel de Montaigne

Qui me retient ? Qui me fait avancer? Allez savoir Ce sont peut-être les mêmes personnes bonnes aux deux fonctions Prenez en premier les poètes d’autrefois les pouetpouets des poèmes  écrits au cordeau que nous écrivions sur le cahier de poésie avec nos doigts de rouge gorge ou de corneille never more Nous les récitions nous balançant d’un pied sur l’autre avec la ferveur des novices Passez ensuite aux philosophes aux filous pondant leurs zofs Ceux des livres consacrés et ceux cons sacrés inscrits sur les murs de Mai 68 Notre vie est composée comme l’harmonie du monde de choses contraires comme autant de tons divers doux et âpres aigus et obtus mous et graves Et puis après la poésie et la philosophie il y avait l’amour qui sourd l’amour passion l’amour illusion l’amour dun mour embrassant la mort l’amour d’un jour el amor de don Quichotte de la Manche et l’amour de la vérité qui nous propulse  encore vers des découvertes inespérées