FACE AU Rien et au Néant

J’ai du mal pour « poster » ce texte quotidien, promesse existentielle qui me « tient » depuis tant de temps (le 8 janvier 2006 pour être précis). C’est que je réfléchis, en lisant, en écrivant, à la situation politique inédite, dramatique, que nous traversons. Ma première question est : comment se fait-il que ces millions de « citoyens » aient voté avec leurs tripes, non avec leurs têtes, pour une formation, le Rien et le Néant, qui si elle accède au pouvoir va les précipiter dans les malheurs d’un pays qui va être ravagé (comme aujourd’hui mais puissance dix) dans l’exacerbation des passions les plus élémentaires. (Ceux qui ont des réponses toutes faites peuvent passer leur chemin.)

SILENCE L’ARBRE DE LA DÉMOCRATIE REMUE ENCORE

Se taire
Mais de quel côté
Faire silence
Côté jardin
ou côté cour ?

Silence l’arbre
remue encore
Fantastique titre
et pièce
que je vis
à sa création
au festival d’Avignon 1967
Silence
au Cloître des Carmes
signé
François Billetdoux
(ça ne s’invente pas)

La nostalgie camarade
Aujourd’hui premier juin
54 ans après
le 1e juin de 68
Quand Le Monde publiait
ce jour-là
un poème anonyme
issu des murs
et des barricades
Casqués engourdinés
Le poème s ‘en prenait
aux CRS
sans jamais les nommer

Premier juin 2024
putain déjà
Je vois des Français
Cons comme des ballets
Qui s’apprêtent à voter
de plus en plus veaux
Pour le Bardella Bardabrac
Qui vient de passer
5 ans au chaud
député de l’Europe
sans en foutre une rame

Silence ma rage
Remue encore
Devant ces électeurs
asservis par une idéologie
Qui n’est que dans un passé
Rance et porteur
De malheur
De grands malheurs

DANS LE DÉSORDRE LE DISCONTINU

Dans le désordre, le discontinu :
le souvenir du monde shakespearien des sorcières,
la Tour Eiffel calligramme d’Apollinaire,
Salut monde dont je suis la langue éloquente,
les sirènes de New York dans Ionisation,
l’oeuvre pour percussions d’Edgar Varese,
gongs,bongos,claves,tambour militaire,caisse claire,
cymbalum mundi,
L’art de dictiez et de fere chansons,balades,virelais
et rondeaux,
d’Eustache Deschamps, auteur du premier art poétique écrit en français au siècle XIV,
les yeux de fougères de Nadja
qui pour sa première nuit à Paris
a choisi le Sphinx Hôtel,
et ces mots qui ont agi par implosions
et ricochets,
dans la beauté archaïque
d’un collage surréaliste.

JE LIS TURLUPINADES

Je lis à l’écart en catimini 
une anthologie des charabias
galimatias et turlupinades
Maintenant que mon gagne pain
C’est d’parler comme un turlupin

Je lis la leçon inaugurale
de C.L.S. au Collège de France
Ces Indiens des Tristes Tropiques
bientôt hélas tous voués à l’extinction
sous le choc des maladies
et des modes de vie
que nous leur avons apportés

Je lis un roman fantaisiste
intitulé Écrit sur de l’eau
Ah qu’il est beau le débit de lait
Ah qu’il est laid le débit de l’eau

Je lis avec l’émerveillement de l’enfant
qui reste le secret de ceux que jadis
on affublait du nom de poètes