VERS D’UN POÈTE CHINOIS IVRE

 

Cette nuit je lis les vers
Tirés de derrière les fagots
D’un poète chinois ivre


À vrai dire je n’y comprends rien
Leurs caractères calligraphiques
Ayant disparu de notre abécédaire
Mais je m’accroche aux branches

Au-delà des mots écrits
Je cherche la parole de celui
Qui dans son ivresse les prononça


Alors un instant vient où la lune d’hiver
Glisse sur les livres de ma bibliothèque
Au point de les transformer
en Acherontia atropos
(Sphynx tête de mort)

J’imagine qu’ils vont aller rejoindre
Les rêves d’un calligraphe inconnu
Qui me ressemble comme deux gouttes d’encre
Plus noires que la nuit

J’ÉCRIS LES YEUX FERMÉS

J’écris en silence, seul mon lit grince parfois lorsque je me penche pour prendre le verre d’eau sur ma table de chevet basse ou bien que je choisis pour consultation un livre qui semble flotter sur le sol de ma chambre : Dans le mitan du lit, la rivière est profonde. (Aux marches du Palais)

J’écris en bonne compagnie avec des disparus qui manifestent encor une vie qui pétille : Tous sont morts Le maître d’hôtel leur verse un champagne irréel Qui mousse comme un escargot (Apollinaire)

J’écris en pastichant, copiste de textes invraisemblables qu’une voix inconnue lui dicte à l’improviste, au dé botté. Aujourd’hui il faut que j’arrête, je suis trop excité et les lettres me brûlent et dansent devant mes yeux fermés. (Robert Walser)

Martigues 27 janvier 2024