LE CHANT SOUS LE TEXTE

 
Ces bêtes à l’abandon :
Un lièvre patagon
La huppe des Alyscamps
Et la perdrix des neiges
Menacés par un rastaquouère
Qui nettoie son fusil

.
Puis après le grand boum
Rien à ramasser
Des quelques restes
De poils et de plumes

De poèmes sans fin
.
Et cependant
Sur l’aile de papier
Frémissent et se déploient
Les songes d'un papillon blanc
Éphémère ingénu
Que le chant sous le texte
Éblouit de mystère

FIN DE SEMAINE

Une semaine se termine
Une semaine s’achève
Une semaine au bout du monde
Une semaine dans l’aurore d’hiver
Une semaine sur la tombe de Léopoldine
dans le soir qui tombe sur Horfleur.
.
Semaine
Septima
Sept jours
.
Une semaine c’est selon
.
Il y a ceux qui sèment le blé
Ceux qui sèment la haine
.
Il y a celles qui sautillent la maclotte
Celles qui veulent vous aimer
Mais vous aimer à peine.
.
Il y a les voyageurs aux semelles de vent
Il y a les sédentaires qui ont mal aux dents
.
Et puis Guillaume Apollinaire
qui chanta maintes complaintes
Sur la peine
et la Seine
qui passe
et ne revient pas.
.
Quand donc finira la semaine
Quand donc finira la semaine


.

.

LE MONDE D’ICI ET DE LÀ-BAS

Le monde d'ici et de là bas
qui tourne autour de son pot de terre
Le monde distrait par un jet d’eau de la Terre de Feu

Le monde du maïs aux cinq couleurs
Le monde des deux lièvres à la fois
qui courent dans les déserts de Chine et d’Amérique

Le monde qui se renverse sous la lampe-tempête
Le monde des parenthèses et des pleines marges
Le monde qui m’entoure et qui joue de ses maillets
sous un pont des Martigues

Le monde des méduses qui chantent leur symphonie muette
dans le chenal de Caronte
Le monde qui ne sera jamais dans aucune page d’un livre

Le monde qui se fait dévorer là-bas
par quelque bête de l’Apocalypse
Le monde qui tend sa perche
que personne ne saisit

Le monde qui passe à portée des coïncidences
et qui dans la nuit change son lit
pour le rail du dernier chemin


LE MONDE FAIT SES RICOCHETS

Le monde fait ses ricochets il s’enfonce dans les miroirs du temps

Pressé le monde est un citron de la pire espèce ou bien quand il sort d’un œuf de paon il nous fait rire dans le salon de Madame du Deffand

Le monde tremble dans la bouche du panda ou du grand inquisiteur

Le monde est un puits enchanté qui se tient tout penaud sur la margelle des nuits poétiques

Le monde se lit alors dans les ciels d’artifices et de comédies

Le monde se retourne claquant des doigts sur la scène d’Épidaure ou de Statford-on-Avon

Le monde s’égare dans les foulées de Rocinante

Le monde a besoin d’une cure de sommeil pour retrouver sa dame à la licorne

Le monde a besoin de l’envers du décor et des lettres de feu que l’on jette du haut de la tour du poète contumace pour redorer le toit des mers et des marelles

Le monde qui m’envoie derechef prendre un billet pour la comète surréaliste et pousser pousser l’escarpolette…

MES PETITS POÈMES

    
Mes petits poèmes hantent l’univers
Ils battent la terre du fléau des vers


Mes petits poèmes c’est jamais pareil
Le cheval s’avance il se jette à l’eau
Il se noie peut-être entre roses et roseaux


Mes petits poèmes mais c’est quoi au juste
Un chemin sans bout ? Une vie sans plis ?


Ce petit poème s'est fait pas à pas
Il demande grâce
Silence…N’est plus là…

Martigues 17 janvier 2006

J’aime les petits poèmes
Qui naissent chaque nuit
Et que l’on essuie
D’une pièce de bleu trouée


Les petits poèmes
Pour deux petites bottes
Que l’on crotte
De boue verte et de suie


J’aime les petits poèmes
Que l’on frotte
D’encens et d’ivraie
Ceux qui disent à la fois
Vert et bleu faux et vrai


J’aime les petits poèmes
D’amour et d’amitié
Après un grain d’orage
J’aime leurs grains de beauté


Petits poèmes quotidiens
Cherchant leur ligne
Comme présents d’éternité


Copenhague 20 mai 2025

Écrire un poème
tout en noir
avec une cravate blanche
d'un vieux chiffonnier

Écrire un poème
du bout des ongles
pour les passants

de la rue de la Bergeronnette

Écrire un poème
dans un grand lit blanc
traduit de l’Allemand
ou du Bosniaque

Écrire un poème
jamais de ratures
et jamais d’injures

Écrire un poème
sur le toit d’ardoise
d’une maison

de la vallée d’Aure

Écrire un poème

de petit Poucet
cailloux noirs
sur page blanche

Écrire un poème
une mise à l’épreuve

de pensées
qui vont et viennent
et ont tendance à s’évaporer

Écrire un poème
c’est en écrire
deux ou trois
à la fois

Écrire un poème
autour du vide laissé
par la disparition
de sa femme aimée

Écrire un poème

Dans l'air changeant
des résonances
de harpe ou de cymbalum

Martigues 7 août 2019

Biographèmes : Arreau en vallée d’Aure (Hautes Pyrénées) et son collège où j'ai enseigné 1967-1968 puis 1970-1978
9 rue de la Bergeronnette (Martigues) où nous habitons depuis 1978
ma femme aimée et sa nuit définitive (poèmes à ma morte éditions de l’Harmattan 2018)