DEVANT LA PAGE PERSONNE

Devant la page dégun en parler d’ici

Il s’agit de tisser une nouvelle pièce

mais sans se formaliser outre mesure

Peindre le passage d’un mot à l’autre

Coudre ces fragments d’ontologie héraclitéenne

D’atomes dansant la gigue et la maclotte qui sautille

Traçant Marelle Terre et Ciel pour les petites filles en fleurs

Au point que ce texte puisse donner l’impression d’un mélange de doctrines diverses

D’un doute sur la visée qui vraiment l’a généré

Mais voilà contre vents et marées qui soufflent très fort en ce moment sur un monde dégénéré

La page sans personne s’est faite noir sur blanc

sur le papier

Puis a été dupliquée

sur l’écran noir de ces nuits blanches

Où l’on se fait du cinéma

.

Depuis Martigues

Sur Poésie

Mode d’emploi

08/01/2006

09/03/2026

Non stop

DISPARITIONS

L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

VI

L’AUTRE GEORGES.P.

36

SEUL. Se sentir seul et apprendre de sa solitude à décliner ses modes. Commencer, par exemple, après une période de vie en commun, à mieux respirer. J’ai été long à me trouver à l’aise que seul. Mais c’est seul que je respire le mieux. Pas très bien. La solitude est difficile. Mais les hommes instituaient un climat mauvais pour ma santé. Seul. Ne plus être sollicité par la vie domestique, dès les aurores, et reprendre dans son lit au réveil ses notes de lectures, découvrir des nouveautés, à jeun, laissant revenir la fringale de ses Papiers collés. Faiseur de notes invétérées, sur quelle marge puis-je les prendre, sur celle de l’immense livre ouvert qu’est la vie. Et qu’est cette vie, sinon le texte de l’Autre, follement sollicité.

SUR LE CHEMIN DE LA CRÉATION courriel 16

Ici, l’échange de courriels est imaginaire, mais non les messages que des auteurs, en chair et en os, écrivirent jadis, naguère.

Le lecteur est invité à rétablir leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  « bibliothèque de Babel. »

16

En se voulant solitaire, l’artiste se berce d’une illusion peut être féconde, mais le privilège qu’il s’accorde n’a rien de réel. Quand il croit s’exprimer de façon spontanée, faire œuvre originale, il réplique à d’autres créateurs passés ou présents, actuels et virtuels. Qu’on le sache ou qu’on l’ignore, on ne chemine jamais seul sur le sentier de la création.

C.L.S à E.F.

Si terrible que soit la vie, l’existence créatrice sans autre but qu’elle-même suffit à la justifier. Le jeu évidemment paraît au premier abord le moins utile de nos gestes mais il devient le plus utile dès que nous constatons qu’il multiplie notre ferveur à vivre et nous fait oublier la mort.

E.F. à C.L-S

E.F. un grand visionnaire qui fit jouer « l’esprit des formes« .

C.L-S Tristes tropiques revisités en Pensée sauvage : du miel aux cendres.

CECI N’EST PAS UNE PAGE

Finalement on en revient toujours à la page

Qu’il faut remplir

Avec des phrases (plus ou moins)

Des blancs (manteaux, dans le cas de la chanson écrite par Sartre)

Des mots

Du swing

.

Les prosateurs en font des histoires

Les poètes des plages sous les pavés

.

Précision :

Ici la page est noire

C’est celle d’un écran

Elle se fait à coup de doigts

Qui tapent les touches

D’un imaginaire clavier

(C’est mieux que de taper sur l’Iran

Israël ou le Liban sud)

Mais qui a dicté au doigteur cette parenthèse ?

.

La fausse page déroule

Elle fait mouvement :

Elle accueille le feu

Le sable

La nuit

Les songes

La mer

Les yeux fermés

.

Elle mélange et accouche :

Contre vents et marées

Mer en deuil

Sur laquelle nos pensées flottent

.

Forme minimale de rêverie

Opposée à la bourrasque

Des mauvaises nouvelles de la télé

Avec pour chute une citation de circonstances :

Le laps des ans nous a paru d’éternité

.

Poésie mode d’emploi

Première page 08/01/2006

Page présente 08/03/2026

Une page par jour

Non stop

DISPARITIONS

L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

 V

 T.T

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FRÊLE BONHEUR

 Un sentier bien étroit conduit au bonheur, qui sépare des abîmes vertigineux ; et on ne peut jamais avoir la certitude de s’y être engagé pour de bon. Que faire alors ? S’enfermer dans une solitude fière, comme le préconisent les stoïciens, pour s’épargner des déceptions futures ? Se détacher des biens terrestres, comme le recommande Saint Augustin, pour n’aimer infiniment que le seul être infini, Dieu ? Ou bien accepter sa condition, comme nous y incite Jean Jacques, sans espoir de vie éternelle ni d’âme immortelle, sans la consolation d’une survie par la communauté, par la descendance ou par les œuvres, ces substituts de l’immortalité ? La vie commune ne garantit jamais, et dans le meilleur des cas, qu’un frêle bonheur.

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 Quel bonheur que d’écrire ainsi des kilomètres des milliers de pas d’une écriture qui ne cède jamais à la facilité même si pour le profane elle apparaît gratuite légère semblant savoir d’où elle vient où elle va alors qu’en réalité elle ne cède en rien à la facticité elle se trouve sans cesse devant ces chemins qui bifurquent des messages qui se contredisent des énigmes qu’il faut garder en suspens merci de bien vouloir patienter pour la suite…

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Le jour de sa disparition, le 7 février 2017,  on pouvait lire sur  le journal du soir :

LE PENSEUR FRANÇAIS D’ORIGINE BULGARE TZVETAN TODOROV théoricien de  la littérature et historien des idées, auteur de nombreux ouvrages traitant de littérature, d’histoire ou de politique, est mort mardi 7 février à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille.

 « Il venait de finir son dernier livre, Le Triomphe de l’artiste, qui doit paraître au mois de mars », a ajouté sa fille.

 LUCIEN MALSON, conteur du jazz, est mort

Le philosophe, ancien chroniqueur au « Monde » et à Radio France, s’est éteint à l’âge de 90 ans.

 ROGER WALKOWIAK, le plus ancien des vainqueurs du Tour de France, est mort L’Auvergnat d’origine polonaise avait remporté l’édition 1956 du Tour de France. Il est mort à l’âge de 89 ans.

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« Ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu’est mon néant auprès de la stupeur qui vous attend ». Rimbaud Vies 1 Les Illuminations Rimbaud a découvert le langage dans son (dis)fonctionnement autonome, libéré de ses obligations expressive et représentative, où l’initiative est réellement cédée aux mots ; il a trouvé, c’est-à-dire inventé, une langue et l’a léguée comme modèle à la poésie du XX° siècle. C’est ainsi que je comprends les phrases de Rimbaud qui m’ont servi d’épigraphe : dans ce qui est sa sagesse, nous ne voyons que du chaos. Mais le poète se console d’avance : ce que nous appellerons son néant n’est quand même rien comparé à la perplexité dans laquelle il nous aura plongé, nous lecteurs.

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 NOS VIES

Il n’y eut pas de choc. De la douceur d’après-la plus cruelle des guerres.

Il n’y eut pas d’ersatz. Mais un bon lait de vache qui nous fit diarrhéique. Le charbon pour remède.

Il y eut un village. Une perspective théâtrale absolue, pour les enfants caracolant, les contes des mille et un jours vécus au quotidien.

Il y eut le bilinguisme. L’occitan « pas toi », le français de l’os scolaire.

 Il y eut des écoles. Des primaires à poèmes appris par cœur. Des secondaires où on ne lisait plus que des yeux. Des troisièmes apoétiques.

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J’écris ce livre (La conquête de l’Amérique La question de l’autre) pour faire en sorte que l’on n’oublie pas ce récit. Je crois en la nécessité de « chercher la vérité » et à l’obligation de la faire connaître. Ce que je souhaite n’est pas que les femmes mayas (inversant ce qu’elles eurent à subir) fassent dévorer par des chiens les Européens qu’elles rencontrent (supposition absurde, naturellement). Mais qu’on se souvienne de ce qui risque de se produire si l’on ne réussit pas à découvrir l’autre. Car l’autre est à découvrir. La chose est digne d’étonnement, car l’homme n’est jamais seul, et ne serait pas ce qu’il est sans sa dimension sociale. Et pourtant c’est bien ainsi : pour l’enfant qui vient de naître, son monde est le monde, et la croissance est un apprentissage de l’extériorité et de la socialité ; on pourrait dire un peu cavalièrement que la vie humaine est enfermée entre ces deux extrêmes, celui où le je envahit le monde, et celui où le monde finit par absorber le je, sous forme de cadavre ou de cendres.

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Poésie tourmentée repose aussi…long temps après à la relecture les braises sont devenues cendres C’est un peu –comment dire ?- comme si l’on recevait une réponse des lettres que nous adressâmes à nos morts À force d’insister l’une d’entre elles -oui il s’agit d’une morte- nous a adressé un courrier que nous lisons mot à mot sur nos lèvres Ce sont trois minutes d’étrangeté qui semblent durer une éternité Mais voilà à la fin des murmures et des balbutiements il ne reste rien seulement ce lit de braises devenues cendres