JE NE SUIS PAS JE SUIS

Je ne suis pas papillonant dans le monde mais je suis écrivant dans mon lit

Je ne suis pas dans la lune mais je suis présent dans le livre d’un certain Plume

Je ne suis pas dans le divan du divin Lacan mais je suis sortant de la grotte du Cyclope accroché au bélier de l’ Odyssée comme Personne

Je ne suis pas dans un labyrinthe imaginé en aveugle par Borges mais je suis dans la bouche d’ombre qui m’a dicté pour moi seul  ces lignes contrastées (pour le moins)

REGARDE ÇA

Regarde ça

dit un poème

dans les bras de la nuit

les mots veulent vivre

.

Regarde ça

Côté mur blanc

Côté coup du sort

Qui se balance

Dans le mistral naissant

.

Regarde ça

Au compte goutte

Tu presses tes mots

Tu n’y vois goutte

.

Regarde ça

Tout doit disparaitre

Des champs magnétiques

Aux chants poétiques

.

Regarde ça

Des vers sans rimes

Marchent sur la mer

La mort n’y mord

.

Regarde ça

Une voie d’encre

Voix visitée

Par une Conception

Qui sonne

La fin de cette création

.

Excusez le désordre

Elle a été imaginée

Dans une anse marseillaise

Du côté des Goudes

En cueillant un bouquet

De jaunes immortelles

.

UNE PAGE BLANCHE DE LA SÉRIE NOIRE

Bon ça a été du sport l’écriture de ce texte D’abord il m’a fallu retrouver la petite clef qui ouvrait la valise où il était caché Je me suis souvenu après d’intenses cogitations que la clé en question était entre deux pages du Bonheur des ogres le premier livre publié par Pennacchioni alias Daniel Pennac dans l’inquiétante collection de la Série noire Ensuite une fois ouverte ce n’est pas un texte tout fait qui est apparu mais des tas de mots en sont sortis Tout un fatras de l’un dans l’autre des mots-valise et des mots-miroir qu’il m’a fallu récupérer au petit bonheur la chance : des clones de Satie et de ses gymnopédistes, des gnocchis et des gnosiennes, des cordes de pluie et des cordes de piano pincées par des épingles à nourrice, de la peinture au ripolin des deux célèbres Pica – le sot et le bia- des dés à coudre le temps perdu, des partitions exécutées aux lisières du silence et des lecteurs indifférents ou excités comme des puces sautant sur chaque page de cette série donnée à lire blanc sur noir ici même sur le blog mythique de poésie mode d’emploi

.

Martigues 27 mai 2025 02.00

ONZE ANS APRÈS

à mes deux filles

Un soir du 25 mai, comme aujourd’hui,
fête des mères —
un soir, il y a onze longues années,
tu nous as donné ton soupir dernier.

Exactement là,
dans notre chambre
où je prose ces maudits vers,

avec toi
et ton souffle —
braise des derniers feux.

Et tu n’eus pas de dernier mot,
comme on en invente dans la littérature.

Plus tard,
lorsque trois ans furent écoulés,
j’ai publié Poèmes à ma morte
pour ta mémoire,
toi qui nous as tant donné.

Et maintenant
je ne sais plus comment dire.

Le fleuve du temps long
a calmé nos douleurs,

mais non notre désir
de porter en nous
les rêves qui t’habitaient —

ces jours d’azur
et le soleil
de l’enfance.

SIX SIZAINS

J’écris en vers de huit syllabes

Le front ridé les cheveux blancs

Mais nullement ne me lamente

Au vrai j’écris la tête claire

Pour le plaisir de Poésie

Cette série de six sizains

.

Le front ridé les cheveux blancs

J’écris en mes cheminements

Je le fais de telle façon

Que qui voudra rimer y rime

Sachant lire sur le lutrin

Et chanter si le cœur lui dit

.

Mais nullement ne me lamente

N’étant pas en quête d’amante

Excepté voir dame Mémoire

Mettre et ranger dans son armoire

Ses ressources ruminatives

Et mêmement l’estimative

.

Au vrai j’écris la tête saine

Mettant en branle Fantaisie

Titillant ses sens endormis

Par la paresse des pensées

inadéquates coat coat coat

Celle des paroles gelées

.

Pour le plaisir de Poésie

Batifolant avec Villon

Qui n’a tente ni pavillon

Qu’il n’ait laissé à ses amis

Peu de Villons en bon savoir

Trop de Villons pour décevoir

.

Cette série de six sizains

un peu zinzins touche à sa fin

Elle fut écrite à Copenhague

Cité où le bien-être est roi

Les blondes filles le vélo

Joie et liesse en sont le lot

Copenhague dernière 22 mai 2025