DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

 IV

 G.G.

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La plus sûre façon de jouir d’une mort discrète est de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre dont la disparition éclipse la vôtre.

LE THÉORICIEN DE LA LITTÉRATURE GÉRARD GENETTE EST MORT

Le critique, créateur de la revue « Poétique » et auteur de « Figures », Gérard Genette est mort à l’âge de 87 ans.

L’ami G.G. qui concédait que « jouir » était une hyperbole, passa à côté de cette éphémère jouissance, car, vérification faite ni David Goodall, le scientifique australien disparu par suicide assisté en Suisse, ni Per Kirkeby, Danois à la peinture panthéiste, n’ont damé le pion ce jour-là, le 11 mai 2018, à notre Théoricien de la littérature, critique, créateur de la revue « Poétique », apparu dans la chronique Disparitions de notre journal du soir.

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Écrire n’est pas la mer à boire

Il suffit de lire et de relire sans cesse

Et puis de refaire à son compte sur le papier un texte dérivé

En évitant qu’il parle comme un livre

Écrire lire se faire des réflexions

S’échapper par d’infinies variations

Sont une même chose

Et lira bien qui lira le dernier !

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Gérard Genette, le théoricien ne fait pas dans la dentelle : parlant de Manon Lescaut, par exemple, on peut lire  que le narrateur intradiégétique et le personnage métadiégétique sont la même personne. Bigre.

Par bonheur, notre Voyageur en Cratylie, soutenu par le service des publications de la Sorbonne (forcément Nouvelle), eut une seconde vie, suffisamment longue, pour s’adonner à maintes fantaisies bardadracquesques.

Témoin cette conversation volée dans une banque (la sienne). C’est quoi « obsèques », demande une jeune vietnamienne à un employé de banque qui lui vante un nouveau contrat. (Un discours appris par cœur, note notre témoin « en retrait ») Le fragment un peu longuet s’achève sur cette pointe. Pour la énième fois, la cliente asiatique demande ingénument : « c’est quoi obsèques ». L’employé excédé lui hurle au visage : « Ça fait une heure que je vous l’dis, c’est remboursé ! »

DIALOGUE DE SOURDS

– D’où tu viens ?

– Je n’ai rien entendu.

– D’où tu parles ?

– Je n’ai rien vu.

– Où vas-tu ?

– Turlututu !

– Et au Ciel y crois-tu ?

– Ciel mon mari !

– Et le Temps ?

– Je l’attends au tournant.

sur le piano, sur le papier,

à travers la nuit,

je lui refais une beauté.

LA PLUIE FAIT DU GOUTTE À GOUTTE

La pluie fait du goutte à goutte

Fenêtre ouverte je l’écoute

Il pleut ces lignes sur mon papier

Il pleut il pleut bergère

Il pleut 9 rue de la Bergeronnette

C’est la pluie petit patapon

La bonne petite pluie

La pluie pour les poètes

La pluie pour les Lapons

La pluie fait du goutte à goutte

Elle tombe infinie

Je referme la fenêtre

Mon poème est fini

Poésie mode d’emploi

06/01/2006

17/02/2026

Non stop

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

 IV

 G.G.

 22

La plus sûre façon de jouir d’une mort discrète est de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre dont la disparition éclipse la vôtre. Gérard Genette

L’ami G.G. qui concédait que « jouir », dans la phrase précédente, était une hyperbole, passa à côté de cette éphémère jouissance, car, vérification faite ni David Goodall, le scientifique australien disparu par suicide assisté en Suisse, ni Per Kirkeby, Danois à la peinture panthéiste, n’ont damé le pion ce jour-là, précisément le 11 mai 2018, à notre Théoricien de la littérature, critique, créateur de la revue « Poétique », apparu dans la chronique Disparitions de notre journal du soir.

23

Écrire n’est pas la mer à boire

Il suffit de lire et de relire sans cesse

Et puis de refaire à son compte sur le papier

un texte dérivé

En évitant qu’il parle comme un livre

« Lirécrire » se faire des réflexions

S’échapper par d’infinies variations

Sont une même chose

Et lira bien qui écrira le dernier !

TOMBEAU DE MICHEL PORTAL





Il faut que je lui sculpte une profonde statue en rien comme la poésie et comme la gloire. 

Statue en rien sur la tombe du musicien protée
En allé ce douze février deux mille vingt-six

Statue du souffle le souffle Portal
Portail du sax et de la clarinette basse
L’angoisse de la mort te serre le gosier

Comme si tu devais plus jamais jouer
Le vent qui crie au bailador : Dejarme solo
Foutez-moi la paix des cimetières
Des notes à la volée et de ses giboulées

Et de ses contre-points avec les copains jazzmen
Sclavis clarinette Galliano accordéon-piazzola
Portal bandonéon de Bayonne à Santa María

De Los Buenos Aires Bon vent Michel
Disons une vérité une vérité musicale quoi
Une danse circulaire au son de la clarinette
Basse d’intensité mais pour l’éternité


Michel Portal
27 novembre 1935-
12 février 2026

Picasso L’homme à la clarinette