En lisant j’aime écrire et surtout ce que le lecteur pressé nomme des inutilités. Simon Leys rapporte un des apologues de Tchouang Tseu où un magnifique arbre doit sa longévité au fait que son bois ne sert à rien. Heureux les arbres, comme ceux également de l’île de Norfolk découverte par Cook, impropres à tout usage de charpenterie. De même que ces écrits tracés sur le sable et que la marée recouvre régulièrement. Ça me va très bien disait je ne sais plus qui, l’océan retiré je recommence, je réécris un de ces textes fragiles, ludique, presque inutile, un souffle, un rien.
Martigues 6 avril 2024
Le caractère SHOU : longévité écrit en petite sigillaire par Wu Changshuo (1844-1927)
dans sa 80° année en 1923
(in Jean François Billeter Essai sur l’art chinois de l’écritureet ses fondements)
QUEL PLAISIR QUE DE S’ADONNER À L’ART MUSÉAL nous voilà devant les tableaux flamands et hollandais du musée Fabre de Montpellier chacun chacune choisit de montrer un détail dans les scènes de genre sans fin qui s’offrent à notre déambulation : l’opération au pied, la tabagie, la kermesse de Saint Georges, la souricière, un mendiant tendant son chapeau, l’enfileuse de perles, la marchande de harengs, le jeune homme écrivant, comme les vieux chantent les enfants piaillent, intérieur de cabaret…l’une plus connaisseuse que l’autre égrène les noms des artistes qui pour les profanes sont inconnus : les Teniers (le Vieux puis le jeune), Willem Kalf, Gérard Dou ou Gerrit Dou ou Dow, Gerard ter Borch, Frans van Mieris l’Ancien, Gabriel Metsu, Jan Steen, Adriaen van Ostade…multiplier les objets de la vie quotidienne, rendre son mouvement à l’instant unique présent…les personnages et les paysages sont entourés de cadres de bois dorés…un ouvrage récent 1 en donne la raison « le cadre isole, il identifie, il présente l’œuvre comme œuvre : c’est sa fonction artistique ; il a aussi une fonction ontologique, il signifie que l’œuvre est achevée et que le peintre n’entend plus y toucher. Mais il a également une fonction esthétique, il fonctionne comme une aide à la bonne perception. » C’est ce que fait entendre Nicolas Poussin dans sa lettre à un ami à propos de son tableau La Manne : Je vous supplie si vous le trouvez bon de l’orner d’un peu de corniche (le cadre) car il en a besoin, afin que, en le considérant en toutes ses parties, les rayons de l’œil soient retenus et non point épars au-dehors, en recevant les espèces des autres objets voisins qui, venant pêle-mêle avec les choses dépeintes, confondent le jour. Il serait fort à propos que ladite corniche fût dorée d’or mat tout simplement, car il s’unit très doucement avec les couleurs sans les offenser. Dans ce siècle d’art kitsch et d’esbrouffe pour millionnaires qui font des productions artistiques autant d’objets de spéculation comme tout cela paraît déplacé.
Je n’écris plus de textes perso depuis belle lurette, mais j’écris ce que je lis ailleurs, ce sont, la plupart du temps,des anecdotes savoureuses rapportées. Ainsi celle de cet ami de Buñuelqui en plein élan créatif « bloque » sur un adjectif.
-Alors tu l’as trouvé ton adjectif ?lui demande Don Luis.
– Toujours pas, mais je continue à le chercher.
Ou bien j’écris aussi pour avoir quelque chose à faire durant mes nuits d’insomnie. Des notes désordonnées sans texte véritable. C’est comme une rumeur de fond, de celle que mes filles diffusent pour accompagner l’endormissement de leurs bébés.
J’écris aussi quelques lettres à mes anciens lecteurs qui m’écrivent pour me demander pourquoi j’ai cessé de publier quoi que ce soit. Après quelques phrases de remerciements, je leur fais toujours la même réponse : – Mais que voulez-vous je n’ai plus d’idées !
Un peu de prose désabusée à la manière d’Enrique Vila-Matas
La nuit s'est écoulée Je n’ai pas su l’écrire Je regarde aux aurores Dufy Illustrant le bestiaire d’Apollinaire Je suis ce chat énigmatique Passant parmi les livres Les amis sont partis Et ma femme a perdu sa raison d’être vivante Mais la vie nous oblige J'ai d'autre poèmes à composer Pour faire vivre cette tresse poétique Et le vivre du futur Ouvert sur les lèvres de mes filles Et de leurs fils et filles
Je souhaite dans ma maison Une femme ayant sa raison Un chat passant parmi les livres Des amis en toute saison Sans lesquels je ne peux vivre
Guillaume Apollinaire Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée illustré de bois de Raoul Dufy
Avec « Un point de lumière floue », les voix d’Ukraine trouvent refuge sur France Culture
Alexandre Plank et Evgenia Rudenko ont conçu un programme à partir de textes écrits par des artistes ukrainiens.
Tu as perdu ta capacité de lire d’écrire de rêver
Tu as un ennemi stupide et cruel qui t’a enlevé tout ce qui faisait l’amour de la vie
« On ne peut pas se permettre d’oublier la guerre », écrit Sofia Andrukhovych, à laquelle Laure Calamy prête sa voix, tout comme l’ont fait les comédiennes Audrey Bonnet, Irène Jacob et Maud Wyler.
C’est sur un poème de Maksym Kryvtsov, tué sur le front à 33 ans, le 7 janvier 2024, que s’achève cette émission bouleversante et qu’il faut écouter car ces mots, leurs mots, disent non seulement quelque chose de la guerre en Ukraine, mais aussi parce que, pendant une heure, leurs voix leur sont rendues.
Ma pauvre Mon fusil de chasse rouille Mes vêtements et équipements de rechange Seront donnés aux nouvelles recrues. J'aurais aimé que ce soit le printemps Pour enfin Fleurir Comme une violette