HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

Il y a comme un grand trou dans la forêt sous le feu du réchauffement climatique

Le hêtre, h aspiré par le stress hydrique, sacrifie ses feuilles, puis sa ramure, entre en dormance et connaît son dernier printemps si la sécheresse persiste

Mais le mort peut rester sur pied jusqu’à deux décennies

Les pics y logent alors et les insectes saproxyliques se goinfrent du bois en décomposition

Adieu la chouette de Tengmalm et au loir qui aiment les hêtres vivants et fringants

Notre hêtre toutefois en a vu d’autres Il est né sur terre il y a cinquante millions d’années et sous sa forme actuelle marque sept cent mille ans au compteur

En grande difficulté il met les voiles vers le nord ou prend un peu d’altitude pour s’adapter et se modifier

Et pour le reste pour les humains d’aujourd’hui impossible de savoir la suite Mais ils auraient intérêt à tout faire pour ne pas que s’amplifie ce grand trou dans la forêt des hêtres suprêmes où tant de menaces s’allient à tant de promesses de persister

sources Le Monde 13 juin 2023

LA POÉSIE DE « LE MONDE » N’EST PAS LE MONDE DE LA POÉSIE

collage pour Denis Cosnard chroniqueur au Monde des Livres

avec l’œil de Brugeilles les hypnographies et la rage de Dorio

79 LE MONDE DÉLIVRE Je vous supplie pour signal de mon affection envers vous, vouloir être successeur de ma Bibliothèque et de mes livres que je vous donne…dernières paroles de La Boétie à son ami Montaigne Le monde ivre nous délivre des livres, J’ai recopié jadis la formule, dans un abécédaire quelque peu délirant, à l’encre noire de Chine sur un papier bleu d’Iran. Il y avait dans ce livre ivre de livres de nombreux errata. Ça ne pouvait rater de la part d’un jeune homme enivré de lettres retorses. Par exemple il fallait lire la première ligne du texte présent ainsi : le monde souffle et souffre. C’est d’une autre inspiration, j’en conviens, et même d’une portée nouvelle. Mais l’on pourrait imaginer un long article pour montrer que, l’un dans l’autre, le monde nous délivre des livres jusqu’à notre dernier souffle. nb J’ai emprunté le titre au blog du monde.fr de Joël Bécam, du temps où Le Monde était ouvert aux blogs. Un jour il les a tous supprimés, dont ma « poésie mode d’emploi » qui avait 20 ans d’âge, mais personne n’a protesté devant cet autodafé. 79° fragment d’une écriture de mille et une pièces sous forme d’un puzzle d’une vie marquée par l’inachèvement. En cours d’écriture, ce livre succèdera à

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

DANS LA FORÊT DES MOTS

Du deux au onze juin de l’an deux mille vingt trois
J’ai marché chaque nuit dans la forêt des mots
A l’abri dans une chambre-cabane du quartier d’Hammersmith  
in London
Ce fut un grand plaisir de laisser ainsi pousser mes bois
comme des petits pois
Aujourd’hui dimanche je retourne en Provence avec mon carnet d’écriture 
dans l’avion de British Airways 
Il faudra de  retour au bercail
Éclaircir tout ça 
En souhaitant que les fumeurs invétérés 
et autres maniaques jouant avec les allumettes 
Ne mettent le feu à mes quelques arpents d’écriture 
Qui ont illuminé mon blog en aparté 
Avec ses petits  papiers
Qui ne font pas de fumée 

	

AVEC MES FORÊTS

Avec mes forêts je ne sais où donner 
Je fais bien des erreurs confondant le ginkgo
Avec des variétés d’érables 
Je le compare ainsi au cornouiller 

Avec mes forêts qui poussent en moi couci cocagne
Mes forêts de hêtres Celles du Non-Être 
Mes forêts des massacres d’Oradour sur Glane
Celles du culte du dieu Pan

Je fais bien des folies dans la forêt 
de cèdre où Gilgamesh frappe à mort son gardien
Je les traîne sur mes vers
Qui tombent un à un comme des glas
Comme mes hypnographies à l’encre de Chine

Je suis pin bénit pour les chênes 
Avec mes forêts de la fin de vie
Un rêve de vieil enfant le stylo au doigt
Je deviens l’arbre Je deviens le bois