Tu repars de zéro Tu repars du néant pour faire l’essai de redonner de l’être au beau parler Tu ne fais que passer par stylo interposé ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques Mais aussi contrairement au dilemme shakespearien to be or not to be tu reprends le propos du maître des Essais tu peins le passage Avec légèreté et forces manières formes et mouvements Tu repars Tu fais le départ entre dire et faire faire et laisser dire Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture le langage et la langue le vague et le divague Muse abuse ou s’abuse Tu dis stop Tu prends congé Tu lèves la main qui écrivait Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci couça d’un dernier trait de plume faire ton autoportrait du 6 juillet 2023
Assister à La Cerisaie de Tchekhov une nuit d’été à la Cour d’Honneur du palais des papes sous une bonne petite pluie persistante
trente-deux
Serrer la main d’Antonio Tabucchi qui venait de faire une causerie à la Cité du Livre d’Aix en Provence
trente-trois
Faire l’expérience du malheur en accompagnant jusqu’à son dernier soupir dans le lit commun où je prose ces 36 choses son épouse aimée (reconvertie en mater dolorosa) en présence de nos deux filles un dimanche maudit de « Fête des Mères »
trente-quatre
Recopier toute une vie de lecteur des milliers de citations dont celle qui dit Un homme qui écrit n’est jamais seul Paul Valéry
trente-cinq
Enseigner la langue française le temps de sa « Coopération » (remplaçant le service militaire) à Caracas dans une école enfantine à l’Alliance française à ce qui tenait lieu d’école normale d’instituteurs et à la faculté d’Architecture
trente-six
Boucler enfin cette liste de choses faites et qui ne sont plus à faire et que mon stylo a balayé sur dix pages d’écriture
Martigues dimanche 25 juin 2023 5 heures du soir pour le départ / lundi 26 juin 3h18 de la nuit pour le final
Je regarde souvent longuement
les écorces des platanes
On dirait des molas
tissées par les indiennes KunaDes animaux mythiques
qui échappent
le temps de leur création
à leur souffranceJe m’appuie, voyageur immobile,
sur le tronc de ces écorces
qu’un dieu facétieux
coud sur l’arbre chaque annéeAvec de frêles vocables
Je compose à mon tour
Mes puzzles inachevés
Pour ce matin uniquement (30 juin 2023) nous l’appellerons « la mola des platanes«
Les petits dieux kuna ont les cheveux qui se dressent de tant de désinvolture
Préparer (toujours à trois) et faire faire faire un atelier d’écriture poétique estampillé GFEN à la Bugade de Villeneuve les Avignon dans une clairière de Viazac (Lot) sur les pavés de la place Jean Jaurès de Martigues et ailleurs
quatorze
Écrire
À sauts et à gambades publié dans la collection Encres Blanches (n°402) d’Encres Vives
quinze
Écrire Séparés en mille morceaux la poésie nous répare des pieds jusqu’à la tête 514° Encres Vives et mon dernier opus après la disparition de Michel Cosem (ce dix juin 2023) l’inspirateur et le maître d’œuvre de cette collection de poésie à nulle autre pareille
seize
Prendre le « train des indiens » de Cuzco à Machu Picchu et grimper au Wayna Piccchu la montagne qui surplombe le site inca
dix-sept
Visiter les grottes de Niaux (celle que fréquentèrent et qu’ornèrent les préhistoriens) et celle de Lascaux (sa réplique faite par des artistes contemporains)
dix-huit
Lire à haute voix Rimbaud à plus de trois mille mètres d’altitude parmi les frailejones une plante haute en couleur des Andes vénézuéliennes
photographier une mola en noir et blanc pleine d’animaux fabuleux
envoyée par lettre le 18 janvier 2002 par mon ami Michel Perrin
qui était en train de composer et d’écrire « Tableaux Kuna »
son grand livre d’art en hommage aux indiennes de cet ethnie
des îles San Blas sur la côte nord du Panama
Recopier un extrait de la lettre qu’il m’écrivit :
« Mais serai-je capable d’exprimer tout ce que j’ai envie de faire ressentir :
le temps long indien et surtout une esthétique tellement magique «