LA SOMME

Je fais la somme de mes plusieurs mois

Je les écris dans des carnets de couleurs différentes

Avec des voix multiples

La voix sans personne

La voix enfantine

Les voix chères qui se sont tues

La voix de l’esprit qui toujours nie

La voix du silence

La voix du temps arcancielesque

La voix sépulcrale des djinns

La voix artificielle qui lit mes poèmes transcrits sur l’ordi

La voix de la mer qui vient à mon chevet se mêler à mes acouphènes

Ces voix multiples se croisent comme des fils

Chaîne et trame tissant le drame

Ce labyrinthe où s’enchaînent les images de la machina memorialis

ENCORE UN LIVRE

Adieu au poème

Un livre à découper

Publié par Corti

Je m’exécute

Au couteau suisse

Tout en lisant

Page après page

Il est vieux ce bouquin

Un introuvable en librairie

À défaut d’un incunable

.

Adieu mon joli

Tes pages m’échappent

Phares dans la nuit

Tes pages m’aveuglent

Je les poursuis

Lisant les yeux fermés

Je remurmure tes trouvailles

Traduites du silence

Le jour au jour

Et la nuit à la nuit

Un autre livre une autre lectrice un autre lieu

MÉMOIRE OUBLI C’EST UN PEU COMME

La mémoire est un oubli qui s’ignore
Gérard Genette


Je me souviens J’ai oublié
Myosotis ou pavés de Guermantes
La main du spectre d’une amante

Je me souviens J’ai oublié
Le jardin où les figuiers
Brûlaient les yeux des impatientes

Je me souviens J’ai oublié
L’inconnu à la marjolaine
Et ma Bohème cette antienne
Où l’on tirait des lyres
Comme des élastiques

Je me souviens des nuits
Qui tournaient chacune de mes pages
En disant : C’est pour l’éternité !