DON DE SOI-MÊME, une poésie de A.O. Barnabooth où on peut lire que « la haine et l’envie meurent en moi d’asphyxie ». Le poète Valéry Larbaud inventa son nom de plume en ajoutant au nom d’une banlieue londonienne Barnes, le nom d’une enseigne de pharmacie Booth. Il expliquait que Haine et Envie ne pouvaient pénétrer le Vide qui était en lui. Où que j’aille dans l’Univers entier Je rencontre toujours Hors de moi comme en moi L’irremplissable Vide L’inconquérable Bien. Moi, dont je tairai le nom, si je ne suis pas non plus affecté par la haine ou l’envie, c’est à la Joie que je le dois. Quand je suis triste, infiniment triste, des coups cruels donnés par l’existence, j’attends que revienne le désir de vivre et de persévérer, avec et pour les autres, et en particulier les « miens » et les « miennes » avec qui nous savons étayer nos vulnérabilités : elle dit la voix reconnue Que la bonté c’est notre vie Que de la haine et de l’envie Rien ne reste la mort venue Verlaine
GAI SAVOIR GAYA SCIENZA GAI SABER
DEUX JUIFS TROIS OPINIONS Je ne suis pas juif mais je suis d’accord Il y a longtemps c’était durant l’empire de la Joie qui dura un mois en Mai 68, un avocat de profession, que je ne croisais qu’une fois dans ma vie, me dit : -Avec toi c’est extraordinaire, tu commences par une affirmation et au fur à mesure que tu la développes, tu termines par son contraire et…ça passe comme une lettre à la poste. Et quand on écrit (pas seulement quand on parle comme je le faisais, soi-disant, à cette époque bénie des dieux de la parole inscrites sur les murs), On est un Autre : un peu yiddish, un peu mouton, un peu petit Prince, Démocrite d’Abdère, Parménide d’֤Élée ou Héraclite l’Obscur…Gai savoir, Gaya Scienza, Gai Saber de nos troubadours, tout le contraire de prendre la chose au sérieux comme font les philosophes pensifs le cul sur leur chaise métaphysique : N’est-ce pas une chose extrêmement plaisante que de voir les philosophes les plus sérieux, si sévères qu’ils soient le reste du temps avec toute certitude, en appeler sans cesse à des sentences de poètes pour assurer force et crédibilité à leur pensée Nietzsche Après ça un peu de Billie (Holiday) ou de Raymond (la Science) dont le nom était Queneau et qui offrit à Zizi (Jeanmaire) cette chanson universelle : Je suis une croqueuse de diamants Les diamants c’est ma nourriture J’aime quand ça crisse sous mes dents Un texte écrit ce dimanche matin 26 février 2023, difficile à saisir sous ses multiples aspects comme on dit, auquel il faut pour avoir une chance de le voir subsister arracher les rhizomes de son chiendent
JE N’ÉTAIS PAS NÉ
JE N’ÉTAIS PAS NÉ, mais c’était mon futur père qui s’évadait en 1942 d’une ferme allemande, où il était retenu prisonnier, pour rejoindre la ferme où il était né en Ariège Je n’étais pas né, mais c’était ce poète florentin qui à la fin du XIII° siècle commençait le livre de sa mémoire par la formule Vita nuova Je n’étais pas né mais c’était ma mère qui broyait du noir et qui n’avait pas pour supporter son spleen la brassée de poèmes des fleurs du mal Je n’étais pas né mais c’était ce promeneur solitaire s’adonnant à des rêveries traduites sur le papier en dix chapitres dont le dernier est inachevé Et puis je suis né au printemps qui allait clore l’épouvantable guerre que l’amour des miens me cacha
MA VIE À MOI
MA VIE À MOI à toi à tu Ma vie parlée et ma vie tue Ma vie l’esprit débordant du cadre de mes photographies (du bébé joufflu au dernier portrait que m’aurait fait Nadar allongé dans mon plumard) Ma vie rêvée l’ai-je bien fantasmée ? Ma vie d’un « je » ouvert par la littérature d’un reclus célèbre couchant sur le papier les vies de personnages de salon qui se croyaient immuables quand tout leur monde était en train de disparaître Ma vie à moi écrite en maints poèmes sur les ardoises du toit Ma vie donnée dans l’abécédaire d’un dictionnaire à part moi Ma vie du vieil homme et la mer Ma vie de Montaigne à sauts et à gambades Ma vie délibérément anachronique « vie fugitive » « vie devant soi » Ma vie de vieux muet assis dans le métro lisant le capitaine Fracasse en bande dessinée Ma vie croisant ces mots de l’auteur de la vie mode d’emploi : « Un père éternel » réponse « Lachaise » Ma vie de bâtons et de lettres disparaissant dans des cartes et feuillets noircis en secret entre soi et soi entre moi noir chevelu et moi blanc dégarni Ma vie et moi et toi ma conscience de l’instant qui vient séance tenante m’en libérer
POUR EN FINIR AVEC POUTINE
Le temps est un enfant qui joue Et les enfants massacrés sur l’ordre de Poutine Vont revenir le jeter dans les poubelles de l’Histoire Mais avant ils lui tireront une balle dans la bouche Ils lui mettront du rose aux joues en lui chantant : Que tu le veuilles ou non ma belle Tu vas y passer et tu ne vas plus faire ton mariole Comme à Boucha ou à Marioupol