LA VAGUE DE LA VIE NOUS FRAPPE AVEC VIOLENCE

pour Séverine Auffret



La vague de la vie nous frappe avec violence
Il faut sortir du nid douillet où nous étions
 Tenus par le cordon Quitter la vie d’Utère
Où nous nous promenions en la mer d’Espérance

Nous voilà nés tenus par les pieds la tête en bas
Criant : Terre ! Terre ! le corps luisant de front
Et d’yeux Soumis aux aléas de l’existence
Tel dit : Les Muses m’ont apporté leurs présents
Et telle autre (dame rare dont on a conservé les écrits) :
Élève mon esprit d’un désir excellent

Patati patata Charabi charabia
S’accompagnant du grief mal qu’ils endurent
Ses poètes chrétiens cultivent le dolorisme
Ils méprisent la vie : un mensonge frivole
Contre eux assurément j’aurai toujours dent dure

Avec Marc Claude Buttet 1530-1586 (l’Amalthée)
Et Gabrielle de Coignard (1550 ? 1586) (Œuvres chrétiennes)

LECTRICE MES SONNETS NE SONT QUE SIMPLE PROSE






Lectrice mes sonnets ne sont que simple prose
La prose d’un monde qui passe par des doigts
Qui tiennent le stylo qui ôte les soucis
Ou qui les accentue à pleines mains décloses

Lectrice mes sonnets ne sont que simple prose
Mes fleurs s’absentent de tout bouquet d’œillets
De lis de colchiques dans les prés et de roses
Mes fleurs de rhétoriques cueillies dans les sonnets
D’Orphée pour Eurydice de Pétrarque pour Laure
De Ronsard pour Cassandre Marot pour Marguerite

Pour toi Lectrice j’effeuille la marguerite
Je t’aime un peu pas du tout J’t’aime à la folie
Comme le feu qui en moi émeut mes esprits
Remâchant ces secrets qui nous métamorphosent

écrit en lisant sonnets de Jacques Grévin (1538-1570)

J’ÉCRIS AVEC LES MOTS AVEC L’ESPRIT DES MORTES



J’écris avec les mots avec l’esprit des mortes
J’écris sans religion prétendue réformée
J’écris de l’Univers de sa folle cohorte
Et j’écris sur la mer ces lignes déformées

J’écris comme jamais dans ma nuit familière
J’écris ce noir de jais ma pierre protectrice
J’écris sans le Soleil entré en sa tanière
J’écris comme un fada sur la barque d’Ulysse

J’écris oh hisse oh hisse agilement léger
J’écris sans le Nobel Alexis Saint Léger
J’écris ces vers trésor pour l’homme soulager

J’écris pour les ingrats qui ignorent mes écrits
J’écris sans les péchés des serfs de Jésus Christ
J’écrirai même mort après mon dernier cri

Ecrit en lisant quelques vers de La Christiade
d’Albert Babinot (1516-1569)