EN SOMME

 
Chaque nuit entre deux sommes
Tu vogues toujours et encor
Vers Ithaque errant éternel
Tournant tes feuilles recto
Verso du travail de mémoire
Qu’un poème comme un clap
Sur la langue du lexique multiplié
Ébranle éclabousse de tes écumes
De nuit tes pensées de papier
Entre deux sommes


AJOUT

JE ME RÉVEILLE D’UN COURT SOMME

Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres.

Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale :

je ne sais plus l’espace d’une seconde où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…

Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance » d’un questionnaire inhabituel :

qui ne suis-je pas ? ce que n’est pas mon identité ? ce que je ne sais pas ?

BELLES NAISSANCES

Pour Ambre et Jade et pour Mathis

Une goutte d’eau dans l’océan des poésies 
Une larme de joie dans les yeux d’une reine de cœur
Une pluie sans cesse sur Brest
Un lac endormi quand nul ne le voit la nuit
Une source à la fontaine Bellerie
Mon poème est comme un ruisseau
Je l’ai écrit pour mes petites filles et mon petit fils
Nés un vingt huit février

Martigues 28 février 2024

POÈMES RESTÉS AU SECRET


Sans doute la persévérance d’une voix est-elle l’unique vraie justification de la poésie.
Tout ce que la poésie peut faire, et seulement quand les étoiles sont bienveillantes,
c’est prêter des mots à nos questions, se faire l’écho de nos souffrances,
nous aider à nous souvenir des morts, mettre un nom sur les œuvres du mal,
nous apprendre à réfléchir aux actes de vengeance et de châtiment,
et aussi de bonté, même quand la beauté n’est plus là.

Alberto Manguel


les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
les poèmes butent contre les portes des rêves inachevés
les poètes meurent dans un dernier mot resté au secret

les poèmes affrontent les fleuves intranquilles
les poèmes surgissent des voix chères qui se sont tues
les poètes se tuent à dire l’indicible

les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
les poèmes césurent riment et apocopent
les poètes balbutient un dernier vers de hasard ou d’azur
Ajout

Pour y voir plus clair tu fermes les yeux
Pour chanter plus juste
Pour le vers sublime de Verlaine :
l’inflexion des voix chères qui se sont tues
Pour peindre le passage
Et pour parler au papier
Comme écrivait en sa tour de Montaigne

Le prince des Essais