

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


ce que j’écris ? quelques poèmes
ayant pour thème ce que je vis*
*Henri Thomas
inédit
comme on dit
d’un poème
de revue
la couleur rouille des chrysanthèmes
brûle les roses du cimetière
tu reprends le fil
du récit
à la page
du temps arrêté
pour les enfants
on fait le chat
et pour les vieux
le paresseux
la tête en bas
les pieds aux cieux*
*Jacques Roubaud
à Alain Gerber,
tu travailles du chapeau me disait ma mère mon père portait le béret et dans les fêtes paysannes où chacun.e y allait de son petit chant « le béret » était la chanson qu’on lui réclamait elle était interminable* mais il se faisait un plaisir de la mimer et on l’applaudissait je l’ai porté un temps à Arreau Hautes Pyrénées où je faisais le prof un peu comme provocation mais je manifestais ainsi mon naturel issu de culture et de contestation j’avais aussi les longs cheveux et la barbe des barbudos comme un sauvage paisible et bucolique je me souviens qu’un soir à Caracas où je faisais avant Arreau ma coopé un bistrotier m’a comparé au fameux Papillon qui avait écrit cette histoire de bagnard échappé de Cayenne passé soi-disant par la Goajira un roman qui fit grand bruit chez les germanopratins –ils s’esbaudissaient devant un chef d’œuvre de littérature orale – Charrière puisqu’il faut l’appeler par son nom avait un bar à filles à Caracas où j’entendis dire que le patron était loco de piedra « comme une pierre folle » mais que moi c’était plutôt la folie douce « quand mon père regarde au fond de son chapeau il ne trouve toujours pas les mots qu’on cherche » je recopie l’incipit d’un roman** que personne ne reconnaîtra sauf l’auteur qui hélas ne lira pas mon petit fragment que toutefois je lui dédie
*Moi mon chapeau je le mets dans ma poche Je suis gascon et porte le béret
**Une rumeur d’éléphant
le secret – chut ! ne le dis pas – je suis toi moi elle – tiens à ma connaissance Pessoa ne s’est pas inventé d’hétéronyme en elle – le secret – non je ne suis pas qui je suis – moi postiche moi pastiche – le secret du secret – work in progress – mais qu’est-ce que tu fabriques ? – j’écris tu le vois – ah !ah ! – je chuchote je balbutie dans l’indifférence – en secret avec ceux et celles qui partagent notre empire de capacités – nos liens qui nous délient – avec ceux qui la vie durant creusent leurs objets de connaissance – pour tâcher d’y voir clair – ma chère mon cher je vous suis reconnaissants de votre identité ainsi bariolée comme celle d’un.e indien.ne en fête visage de rocou et chants adressés au mythe des origines –si on te demande poète ce que dans la vie tu fais réponds – chut ! c’est un secret
montage réalisé par Pauline Dorio
Dessins photos etc JJ Dorio
Musique, paroles et interprétation par Jean Jacques Dorio.
Chanson extraite de l'album "Chansons de quatre sous" enregistré en mai 2016 au studio "Le Petit Mas" à Martigues.
L'album comprend 13 chansons avec leurs textes et des dessins originaux.
Pour tout renseignement :
doriojeanjacques@gmail.com
Une chanson de quatre sous :
Une chanson de quatre sous
Sortie sortie de je n'sais où
Une chanson qui essaie de naître
Sur nos guitares et dans nos têtes
Une chanson un petit bout
De toit où nichent des hiboux
Sources de rêves dans un grenier
Des lettres qui sortent d'un plumier
Une chanson de mon école
Où l'on chantait la Carmagnole
Une chanson qui me croira
Ah ! ça ira ! Ah ! ça ira !
Une chanson un petit rien
Souffles et soupirs d'un musicien
On les pendra à la lanterne
Pour leur Bali leurs balivernes
Une chanson de 68
Le rire de Dany Cohn Bendit
Faites l'amour Fuyez la guerre
Faites sur les murs mille poèmes
Une chanson de l'Utopie
L'alouette a pris le maquis
Sous les pavés laisse béton
La plage Tontaine et Tonton
Une chanson faut la finir
Savoir briser la tirelire
Notes de piano minent les mots
Les plus banals les géniaux
Une chanson un petit rien
Souffles et soupirs d'un musicien
Elle est passée par ton oreille
Elle s'enfuit à tire d'aile
Une chanson un petit rien
Souffles et soupirs d'un musicien
Elle est passée par ton oreille
Elle s'enfuit à tire d'aile.

jaquette réalisée par Jean Claude Di Ruocco