traces et aura sables d’identité
Tout travail mérite salaire
hypnographies sur une tablette de Mésopotamie

TU ES TU N’ES PAS
Tu es tu n’es pas
Signes sur la page
La prose du monde
Et toi à l’écart
Tu es la voix autre
Le secret des marges*
Tu n’es pas celui
Que les autres voient
Tu es bien cet homme
Qui sur le chemin
Ne trouve sa voie
Qu’en marchant sans cesse
Tu n’es pas tu es
Tu es mort cinq fois
La vie est tragique
La mort comédie
Colombe épervier
Agent tu agis
Patient tu subis
Tu es tu n’es pas
Phrases inachevées
Les mots les ellipses
Les nuits rêveries
Les jours jeux d’enfant
Tu sais d’expérience
Qu’il faut être fou
Une fleur d’amandier
L’esprit de Tchouang Tseu
Ouvert comme un livre
C’est ce que tu es
*Secret des marges
J J Dorio
Editions Rafaël de Surtis
2011

C’EST DIMANCHE
Il était petit et trapu, avec un aspect paysan,
à le voir on n'aurait pas pensé à un écrivain raffiné, comme il était,
mais les écrivains sont toujours ainsi, ils trompent leur monde.
Antonio Tabucchi (Pour Isabel)
-Et les poètes ?
- C'est encore pire.
S'ils disent "Je" c'est toujours un "autre".
Entre ce que je vois et dis
Entre ce que je dis et tais
Entre ce que je tais et rêve
Entre ce que je rêve et oublie
La Poésie
Octavio Paz
C'est dimanche
Il y a quarante ans
Dans un autre temps
Je me mariai
C'est dimanche
Dans un hôtel de ville
En belle pierre de Provence
Tu passais la bague
À mon annulaire
C'est dimanche
Depuis lors
Ça a coulé
C'est dimanche
Ça a coulé
Mais ça ne se raconte pas
Il faut laisser ça aux romanciers
C'est dimanche
Elle est sans merci
La mort qui frappe à l'aveuglette
C'est dimanche
Le gardien du temps
Me sourit tristement
La mort ? L'amour ?
¿ Quién sabe ?
LA ROUE DE MÉMOIRE
La Roue de Mémoire en haut en bas notre force fragile
À l’instant crient les martinets dans le soir d’un 3 août
Mon père les appelait faucilhs*
Sa faux il l’aiguisait consciencieusement
avec ce petit marteau en croissant de lune
dont je ne connais pas le nom
mais dont j’entends encore le bruit
Percussion qui me remémore les six maîtres de Strasbourg
qui eurent le génial projet d’assembler les peaux les bois et les métaux
du Monde Entier
-crotales cloches gongs cencerros mokubyos tablas-
Nous nous croisâmes un soir à Caracas où après leur concert au théâtre municipal
Ils me demandèrent s’il était possible de rencontrer Papillon le bagnard hableur
dont les éditeurs malins avaient fait un succès de littérature
Nous ne prîmes pas le lépidoptère dans nos filets
Mais ce fut un plaisir de danser dans la rue
au son des instruments locaux
harpe criolla maracas cuatro
Tout en criant à tue-tête – le rhum aidant –
l’injonction de Michaux :
Épervier de ta faiblesse Domine !**
* occitan
** Michaux + pièce de Stibilj pour les Percussions de Strasbourg