J’écris
en définitive
pour me rendre
utile
J’écris
pour tâcher
d’y voir clair
et ne pas participer
au tohu bohu
actuel
J’écris
pour mettre à distance
le quelque chose noir
des électeurs de Bardella
et le quelque chose rouge
des électeurs de Mélenchon
J’écris
pour lancer des ponts
pour ne pas que les gens
se précipitent tête baissée
dans leurs convictions
J’écris
dans un temps long
prenant le temps
de dissiper la fumée
des influenceurs
qui font les opinions
J’écris
toujours en retard
me méfiant comme de la peste
de mes premières impulsions
J’écris
au cas par cas
comme font les traducteurs
des langues orientales
qui prennent en compte
la présence des étrangéités
induites par leurs idéogrammes
J’écris
méditativement
relisant avec soin
les calligrammes d’Apollinaire
avec cette nostalgie
du lien entre la forme des mots
et leur sens
J’écris et j’écrirai
un autre jour
plus avant…