Je sais que je ne sais rien
Je sais qu’on appela la guerre de 14 la grande boucherie
Je sais que la littérature sans estomac est un livre de Pierre Jourde
Je sais qu’il ne faut pas couper les cheveux en 4
Mais les vers si
Je sais réciter par cœur ma bohème et le dormeur du val
Je sais faire cuire un loup à la plancha entouré de gros sel
Je sais que Clément Marot avait pour blason
la mort n’y mord
Je sais bien, mais quand même…
Je sais ma commère qu’il vous faudra purger de quatre grains d’ellébore
Je sais que c’est Michel habitant de Montaigne qui le premier écrivit
Que sais-je ?
Je sais que kalè k’agathè zôè signifie
une vie belle et bonne
Ce que je sais ce qui est mien c’est la mer indéfinie*
Je sais que Ponge a écrit le savon :
dont nous sortons d’ailleurs les mains plus pures
qu’avant le commencement de cet exercice
Je sais qu’il y a loin de la coupe aux lèvres
Je sais qu’on ne peut courir deux lièvres à la fois – quoique !
Je sais que la voix de ma bien-aimée est plus douce que le chant des étoiles **
Je sais que l’ennui naquit un jour de l’uniformité***
Je sais bien que dans le lit à mes côtés
tu n’es plus là
mais quand même
je n’y crois toujours pas
Je sais qu’il n’est pas sûr qu’Ève soit née de la côte d’Adam
Je sais que certains exégètes traduisent
Ève naquit à côté d’Adam
Je sais je songe je neige je nage je passe la page
de cette dernière nuit d’été
à ceux qui ont été
à celles qui naissent de l’écume
des nuits transfigurées
*Henri Michaux épreuves exorcismes
** Norge le vin profond
*** Antoine Houdar de la Motte les amis trop d’accord