LA CERISAIE





pour Jean-Claude Carrière, dont le dernier livre "Ateliers"
a inspiré ces quelques lignes, qu'il ne pourra plus lire,
désormais, hélas, que "les yeux fermés".





C’est comme une brèche, dans le soir d’été, qui naît peu à peu.

Au fur et à mesure, l’ombre s’étend sur le carré de pelouse et les arbres du jardin.

C’est comme une hache qui commence à abattre les arbres de la Cerisaie.

Mais ici la pièce se déroule dans un livre.

Je relis plusieurs fois cette scène poignante entre Lopakhine, le nouveau propriétaire,

et Varia, la gouvernante de la famille en partance, dont peut-être, il pourrait demander la main.

Deux petites pages de phrases, sans grand relief, ponctuées de silences.

Tchekhov a-t-il hésité, imaginé un autre dénouement ?

Après leurs brefs échanges, on appelle Lopakhine qui sort.

Varia assise par terre, la tête posée sur un ballot de vêtements préparés pour le départ,

sanglote sans bruit.

J’entends la voix de miel de Marcel Maréchal,  qui jouait Lopakhine à la Criée de Marseille, en 1993.

Il vient de quitter définitivement la scène de la vie.  Sans retour. Et sans un dernier salut à la salle.

Il me revient, ce soir, de cette écriture qui finit à présent dans le clair-obscur, d’imaginer que cet acteur, exceptionnel en son temps, et que le public oublia, vit toujours.

  • Adieu, maison ! Adieu, vieille vie !
  • Bonjour, vie nouvelle !…

09/07/2020

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