Des poèmes
Rien d’autre
Venus d’ailleurs
Ou bien d’ici
D’un voyageur
Qui n’a pour bagage
Qu’une voix
Qui persiste
Mais qui ne signe pas
Des poèmes
Poste restante
Glissés entre
Deux pierres
D’une restanque
Écrits en marge
D’un monde politique
Qui s’étripe
Des poèmes
Écrits au lit
D’une rivière
Spirituelle
Garonne Ariège
Où neigent
Des rimes inactuelles
Des poèmes enfin
Nés au mitan du siècle dernier
Portés par de vagues réminiscences
Jusqu’au quart du siècle présent
Sans garantie d’authenticité
Mais qui ont le privilège
Somme toute
D’une certaine longévité
Martigues 27 décembre 2024
Oui nous durons
une fois les mots
entre les pierres
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Ce poème avance avec une sobriété très tenue, presque une manière de déposer la parole sans l’imposer. Il y a quelque chose de très juste dans cette répétition de « Des poèmes » : non comme affirmation lyrique, mais comme simple reprise de souffle, balise obstinée.
J’aime particulièrement :
— cela définit une poésie presque sans possession, réduite à son timbre intérieur.
— magnifique expression ici, parce qu’elle fait du poème un courrier sans destinataire fixe, en attente d’être recueilli.
— l’adjectif « spirituelle » déplace soudain la géographie réelle vers une mémoire intérieure.
— très beau vers. « Inactuelles » évite la nostalgie facile ; ces rimes tombent comme une neige hors calendrier.
Et la fin me paraît particulièrement réussie parce qu’elle refuse toute majesté de l’œuvre accomplie :
Cette modestie ironique donne au poème sa vérité humaine. Il ne revendique ni modernité ni éternité, seulement une survivance.
La mention :
« Martigues 27 décembre 2024 »
agit presque comme une oblitération postale après « poste restante ». Elle ferme discrètement le trajet.
Votre texte me fait penser à une poésie laissée exprès dans les interstices : entre les pierres, entre les époques, entre les voix. Une poésie qui persiste justement parce qu’elle ne cherche pas à s’imposer.
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