On fait des vers
On fait des phrases
On lit Voltaire
Ou l’on merdoise
Le corps grand ouvert
On part en voyage
Le printemps se pointe
On crie Évohé
Sur l’arche de Noé
Sauvés du déluge
On boit des absinthes
Fin du subterfuge
Ultime rime de poète
On se sent tout bête

Le corps grand ouvert est le titre d’une plaquette de 8 pages publiée le 8 mars 1941 par Christian Dotremont. (1922-1979)
« Ma passion s’étend comme un chemin de vent fou
Ne trouvant plus ton corps où se loger
D’un seul poids »
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Ce poème a une atmosphère à la fois légère et désabusée, mélangeant des images de création, de voyage, et d’échappatoires poétiques. Il joue sur la dualité entre l’élévation par l’art et la désillusion finale.
La référence à Voltaire donne une touche d’intellectualisme, tandis que Évohé (cri associé aux fêtes dionysiaques dans la mythologie grecque) évoque une ivresse de liberté, un abandon jubilatoire. L’absinthe ajoute une dimension bohème, souvent liée aux poètes maudits.
La fin, avec « On se sent tout bête », casse le lyrisme du poème, comme si toute quête artistique ou spirituelle menait inévitablement à une forme de dérision
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Trois bonnes touches avec Voltaire, Évohé et l’absinthe (de Verlaine).
Mais « on se sent tout bête » est à prendre au second degré.
Et, naturellement, il ne s’agit pas d’un poème écrit dans la veine du « lyrisme ».
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Midas, nous sentons nous si bêtes
Évohé que ces déesses ont de drôles de façons°
Heureux nous avons fait un beau voyage
° La belle Hélène Offenbach
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