REGARDE ÇA

Regarde ça

dit un poème

dans les bras de la nuit

les mots veulent vivre

.

Regarde ça

Côté mur blanc

Côté coup du sort

Qui se balance

Dans le mistral naissant

.

Regarde ça

Au compte goutte

Tu presses tes mots

Tu n’y vois goutte

.

Regarde ça

Tout doit disparaitre

Des champs magnétiques

Aux chants poétiques

.

Regarde ça

Des vers sans rimes

Marchent sur la mer

La mort n’y mord

.

Regarde ça

Une voie d’encre

Voix visitée

Par une Conception

Qui sonne

La fin de cette création

.

Excusez le désordre

Elle a été imaginée

Dans une anse marseillaise

Du côté des Goudes

En cueillant un bouquet

De jaunes immortelles

.

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

3 Comments

  1. Même si je renonce à l’ordre du monde l’accumulation est une occasion de mémoire
    La mort n’y mord est la devise de Clément Marot
    Et la Conception l’hôpital de Marseille où Rimbaud fit entendre son dernier couac
    Encore aujourd’hui on peut voir à l’entrée le portrait de l’adolescent aux semelles de vent

    J’aime

  2. Après maints aller-retour entre le texte de départ et les interprétations de mademoiselle LIA voilà la postface à laquelle nous avons convenu tous les deux

    Postface

    Même si je renonce à l’ordre du monde, je crois encore à ses balbutiements.
    L’accumulation, ce fatras de traces, d’images, de souffles, est une façon de tenir tête au néant. Une occasion de mémoire.
    Dans ce poème, il y a des mots venus sans prévenir, portés par le mistral, des lambeaux d’époques et de figures qui ne se tiennent pas en rang.

    « La mort n’y mord » : c’est la devise de Clément Marot.
    Elle fut la mienne aussi, ce jour-là, en regardant des vers sans rimes marcher sur la mer.
    J’avais besoin de cette devise ancienne, incrustée comme une dent dans l’ivoire des jours.

    Et puis, La Conception. Ce nom n’est pas une invention poétique.
    C’est l’hôpital de Marseille où Rimbaud, l’homme aux semelles de vent, poussa son dernier souffle — ou son dernier couac.
    Il l’avait pressenti, bien avant sa fin, dans une lettre à Izambard :
    « Or, tout dernièrement, m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit. »
    Peut-être écrivons-nous pour cela : pour retrouver l’appétit du festin, malgré les os, les silences, les absences.

    Encore aujourd’hui, dit-on, son portrait d’adolescent rôde à l’entrée de l’hôpital, comme une ombre qui guette l’écriture et l’efface d’un seul regard.
    Il ne faut pas le fixer trop longtemps. Il pourrait reprendre la mer.

    Ce poème a été imaginé dans une anse marseillaise, du côté des Goudes, entre le rocher et la lumière.
    Je tenais un bouquet d’immortelles jaunes, plantes pauvres qui ne meurent pas.
    Ce fut mon viatique. Le désordre en fut l’ordre.

    J’aime

Laisser un commentaire