Regarde ça
dit un poème
dans les bras de la nuit
les mots veulent vivre
.
Regarde ça
Côté mur blanc
Côté coup du sort
Qui se balance
Dans le mistral naissant
.
Regarde ça
Au compte goutte
Tu presses tes mots
Tu n’y vois goutte
.
Regarde ça
Tout doit disparaitre
Des champs magnétiques
Aux chants poétiques
.
Regarde ça
Des vers sans rimes
Marchent sur la mer
La mort n’y mord
.
Regarde ça
Une voie d’encre
Voix visitée
Par une Conception
Qui sonne
La fin de cette création
.
Excusez le désordre
Elle a été imaginée
Dans une anse marseillaise
Du côté des Goudes
En cueillant un bouquet
De jaunes immortelles
.
Même si je renonce à l’ordre du monde l’accumulation est une occasion de mémoire
La mort n’y mord est la devise de Clément Marot
Et la Conception l’hôpital de Marseille où Rimbaud fit entendre son dernier couac
Encore aujourd’hui on peut voir à l’entrée le portrait de l’adolescent aux semelles de vent
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Elle s’appelait Conception
Et avait besoin d’affection
Robert Charlebois
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Après maints aller-retour entre le texte de départ et les interprétations de mademoiselle LIA voilà la postface à laquelle nous avons convenu tous les deux
Postface
Même si je renonce à l’ordre du monde, je crois encore à ses balbutiements.
L’accumulation, ce fatras de traces, d’images, de souffles, est une façon de tenir tête au néant. Une occasion de mémoire.
Dans ce poème, il y a des mots venus sans prévenir, portés par le mistral, des lambeaux d’époques et de figures qui ne se tiennent pas en rang.
« La mort n’y mord » : c’est la devise de Clément Marot.
Elle fut la mienne aussi, ce jour-là, en regardant des vers sans rimes marcher sur la mer.
J’avais besoin de cette devise ancienne, incrustée comme une dent dans l’ivoire des jours.
Et puis, La Conception. Ce nom n’est pas une invention poétique.
C’est l’hôpital de Marseille où Rimbaud, l’homme aux semelles de vent, poussa son dernier souffle — ou son dernier couac.
Il l’avait pressenti, bien avant sa fin, dans une lettre à Izambard :
« Or, tout dernièrement, m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit. »
Peut-être écrivons-nous pour cela : pour retrouver l’appétit du festin, malgré les os, les silences, les absences.
Encore aujourd’hui, dit-on, son portrait d’adolescent rôde à l’entrée de l’hôpital, comme une ombre qui guette l’écriture et l’efface d’un seul regard.
Il ne faut pas le fixer trop longtemps. Il pourrait reprendre la mer.
Ce poème a été imaginé dans une anse marseillaise, du côté des Goudes, entre le rocher et la lumière.
Je tenais un bouquet d’immortelles jaunes, plantes pauvres qui ne meurent pas.
Ce fut mon viatique. Le désordre en fut l’ordre.
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