Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir,
vers un asile sans frontières,
en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus
Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses
Ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble
Ou bien une enfant brune qui mange un réglisse
C’est l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique
C’est le train-train métaphorique
D’un veilleur qui coûte que coûte
Se tient en alerte devant
Sa fenêtre primitive

41° LIEU publié sur Encres Vives octobre 1997
2° version
Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir,
vers un asile sans frontières,
en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus.
Amateur, c’est aimer
loin du monde et du bruit,
décliner l’espérance
d’une langue fléchissante et colorée.
Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses —
ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble,
ou bien une enfant brune qui mange un réglisse :
l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique.
C’est aimer le rythme
et la vibration,
écrits sur la page d’un papier choisi
pour son grain, sa texture.
C’est le train-train métaphorique
d’un veilleur qui coûte que coûte
se tient en alerte devant
sa fenêtre primitive,
ouverte sur les murs du grand Mai
où les mots jouissifs s’obstinent —
et tout le reste est littérature.
Poème issu d’un exemplaire de Poésie 1 publié en juillet 1970. Ces créateurs se réjouissaient que la vente de leurs numéros dont l’insertion de publicités permettait de l’acheter pour 2 francs atteignait le chiffre de 160000 exemplaires. Heureux temps où l’on croyait qu’un poème suffit pour changer la vie, prolonger mai 68, résister à la confusion des valeurs où la marchandisation de la vie avançait à grand pas.
« J’ai besoin du train-train de la métaphore
Il me faut être ce buisson
Qui marche dans le feu mais jamais ne flambe
Qui pense et ne se pense pas
Je ne peux me passer de ma souffrance
De veilleur sans fenêtre
Il faut que jusqu’au bout je sache
Que j’existe et que je meurs
Malgré moi »
Jean Rousselot
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