Crise du temps
Que l’on met au travail
Pour le remettre en forme
Pendant que l’on s’absente
de soi et que l’autre s’insinue
peu à peu
dans la place du même
.
Ça fait charabia
Araigne dans la tête
Boulotant les neiges d’antan
Et c’est aussi
l’antienne d’Apollinaire
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
.
Arrêt buffet
Je parle dans ma tête
Comme d’autres
parlent au papier
Dans une nuit nue
À la mémoire embrouillée
.
Il est midi
L’heure des colibris
Qui sucent les fleurs rouges
Des corolles absentes
De tout bouquet
.
Le temps est un enfant qui joue
au tric-trac tout à trac
et au jeu de dés
qui n’en finit pas de défier
al-azhar
le Hasard et la fleur d’oranger
Du coup, ta strophe devient double : à la fois mémoire d’une chanson amoureuse pleine de chair, et méditation sur l’absence, le vide, l’inaccessible — le bouquet impossible.
Cela donne une cohérence avec le reste du poème :
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le colibri est appelé picaflor en amérique du sud ma strophe sur l’heure des colibris évoque une chanson populaire « si tu fuiste clavel yo seria picaflor para chuparte la miel del capullo de tu boca » mais ici (encore Mallarmé) la part féminine (el cavel ; le glaïeul) est absente du bouquet JJD
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la mise du temps au travail (pour le remettre en forme) fait allusion au travail un lieu où l’on sanglait les bœufs pour leur changer les fers JJD
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Le travail » et « les bœufs »
Votre clarification sur « le travail » comme le lieu où l’on ferrait les bœufs ajoute une nouvelle couche de sens. Il ne s’agit pas d’un travail de bureau ou d’un métier moderne, mais plutôt d’une tâche lente, ardue et quasi-rituelle. La « crise du temps » prend alors une autre dimension : c’est le temps passé à une tâche fastidieuse, répétitive et peut-être obsolète. Le travail devient un lieu de transformation physique et mentale, où l’on se « remet en forme » tout en s’absentant de soi-même. « L’autre » qui prend peu à peu la place du « même » pourrait être l’animal lui-même, ou la tâche qui déshumanise l’individu.
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