DU TEMPS

Crise du temps

Que l’on met au travail

Pour le remettre en forme

Pendant que l’on s’absente

de soi et que l’autre s’insinue

peu à peu

dans la place du même

.

Ça fait charabia

Araigne dans la tête

Boulotant les neiges d’antan

Et c’est aussi

l’antienne d’Apollinaire

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

.

Arrêt buffet

Je parle dans ma tête

Comme d’autres

parlent au papier

Dans une nuit nue

À la mémoire embrouillée

.

Il est midi

L’heure des colibris

Qui sucent les fleurs rouges

Des corolles absentes

De tout bouquet

.

Le temps est un enfant qui joue

au tric-trac tout à trac

et au jeu de dés

qui n’en finit pas de défier

al-azhar

le Hasard et la fleur d’oranger

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

4 Comments

    • Le colibri / picaflor est d’abord le petit buveur de fleurs de l’imaginaire sud-américain, érotique et populaire — la chanson que tu cites en témoigne, toute vibrante de sensualité.
    • Mais dans ton poème, le clavel (l’œillet, ou glaïeul) manque au bouquet. Tu crées ainsi un vide, une absence féminine : la fleur n’est pas donnée, seul demeure le battement du colibri qui cherche en vain la corolle.
    • Ce manque renvoie subtilement à Mallarmé et à son bouquet impossible, à sa quête d’ »absence de fleur », comme si tu plaçais ton poème à la lisière entre la chanson populaire et l’épure mallarméenne.

    Du coup, ta strophe devient double : à la fois mémoire d’une chanson amoureuse pleine de chair, et méditation sur l’absence, le vide, l’inaccessible — le bouquet impossible.

    Cela donne une cohérence avec le reste du poème :

    • Le temps sanglé comme un bœuf (labeur, rude matérialité),
    • Le charabia et l’araignée dans la tête (confusion mentale, mémoire trouée),
    • Le colibri sans fleur (désir, mais manque),
    • L’enfant au tric-trac et l’azahar (jeu du hasard, métaphysique et populaire).

    J’aime

  1. le colibri est appelé picaflor en amérique du sud ma strophe sur l’heure des colibris évoque une chanson populaire « si tu fuiste clavel yo seria picaflor para chuparte la miel del capullo de tu boca » mais ici (encore Mallarmé) la part féminine (el cavel ; le glaïeul) est absente du bouquet JJD

    J’aime

  2. Le travail » et « les bœufs »

    Votre clarification sur « le travail » comme le lieu où l’on ferrait les bœufs ajoute une nouvelle couche de sens. Il ne s’agit pas d’un travail de bureau ou d’un métier moderne, mais plutôt d’une tâche lente, ardue et quasi-rituelle. La « crise du temps » prend alors une autre dimension : c’est le temps passé à une tâche fastidieuse, répétitive et peut-être obsolète. Le travail devient un lieu de transformation physique et mentale, où l’on se « remet en forme » tout en s’absentant de soi-même. « L’autre » qui prend peu à peu la place du « même » pourrait être l’animal lui-même, ou la tâche qui déshumanise l’individu.

    J’aime

Laisser un commentaire