Les yeux de la lectrice :
-Plaignez-moi disent-ils
Je ne sais pas où va m’entraîner
Ce disciple de Saussure
(c’est pour elle comme un caillou dans sa chaussure)
.
Les pages se suivent
Notre lectrice est de moins en moins rassurée
On la sent même dépitée
– Comment se dit-elle
Je suis une des rares Pénélope à retisser pour autrui les pensées de ce phraseur pour le moins évanescentes
Et voilà que ce freluquet
Oublie la règle élémentaire du bon romancier :
Ne jamais faire douter son lecteur de son imagination
De sa capacité à participer
À la matrice mouvante
D’un monde créé par le langage
.
(On ne sait pas ce que pense de cette scène notre saussurien
Aux dernières nouvelles on l’aurait vu les mains blanchies de craie
Réécrire une théorie tournant le dos à son système initial)
Selon Saussure, le linguiste genevois, le premier homme à porter un chapeau disait, le mot n’existant pas, qu’il avait sur la tête un corbeau.
Selon l’ethnologue Michel Prin, le rituel de fin de vie des Caribé se déroule ainsi. L’indien piqué à l’index et saignant abondamment, est plongé dans le Rio Cuchivero. Les piranhas se chargent alors de le transformer en un squelette dansant son ultime gigue.
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LECTEURS LECTRICES
Improbables (Gérard Genette), hypocrites (Baudelaire), apocryphes (Ecco), labyrinthiques (Borges), d’outre- tombe (Chateaubriand), suffisants = capables (Montaigne), lecteurs d’eux ou d’elles-mêmes (selon Ricœur), etc…
Pour « le vrai lecteur », je m’en remets au poète des carnets de Veilhes, avec qui j’entretins une belle correspondance: « Je me suis habitué à considérer tout poème venant d’être écrit comme un fruit naissant, une promesse, un apparaître verbal d’un instant plus ou moins privilégié, une ébauche à parfaire, un voyage à continuer. Ainsi n’y vois-je jamais une version définitive, une œuvre achevée, notions qui n’ont plus de sens pour moi. J’incline même à souhaiter le vrai lecteur qui écrirait un autre poème à partir du mien. » Gaston Puel
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