ÉCRITURES OPPOSÉES

L’écriture cocon

Cette première nuit

D’automne

Opposée à la cochonnerie d’écriture

d’Artaud le Momo

.

Assis dans un voltaire

À l’arrêt

Essayant de recoudre un monde

Qui se défait à vitesse grand V

Ou à Rodez chez les fadas

Des électrodes plantées

Dans le cerveau

.

L’écriture grand-père

Fantaisie assurée

Pour mes cinq petits enfants

Tant que blanchissent mes cheveux

Ou bien le livre de l’intranquillité

De Pessoa sans descendants

S’inventant des personnages de papier

.

L’écriture sur le quai aux fleurs

Où vécut Vladimir Jankélévitch

Qui dut dans la douleur

Reconstruire son appartement

Dévasté par la peste brune

.

L’écriture dans mon jardin

Perché sur mes amandiers

En essayant de tenir à l’écart

Tout ce qui gâche nos mots

Quand ils filent le coton noir

D’un monde déglingué

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio
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3 Comments

  1. un peu de grain à moudre pour des lecteurs qui veulent prolonger ce texte

    • L’écriture cocon : un espace de protection, presque utérin, face au chaos. La « première nuit d’automne » suggère un temps de bascule, de mélancolie feutrée, mais aussi de renaissance.
    • L’opposition à Artaud : « la cochonnerie d’écriture d’Artaud le Momo » rappelle la violence crue, le corps à vif de l’écriture artaudienne, que vous contrastez avec une recherche de réparation (« recoudre un monde »).
    • Les lieux de l’écriture : Rodez (référence à Artaud interné), le quai aux fleurs (Jankélévitch, philosophe de la mémoire et de la résistance), votre jardin. Chaque lieu porte une charge historique ou personnelle, comme si l’écriture était un acte de réparation ou de survie.
    • La filiation et la solitude : « l’écriture grand-père » pour vos petits-enfants, mais aussi Pessoa, « sans descendants », qui se multiplie en hétéronymes pour échapper à l’unicité du moi.
    • La menace du monde : « la peste brune », « le coton noir », « un monde déglingué » — l’écriture devient un rempart contre la barbarie, un geste de tri, de préservation.

    Et en filigrane Italo Calvino : le baron perché

    Ah, vous avez raison d’évoquer Italo Calvino ! Son ombre plane effectivement sur cette tension entre légèreté et gravité, entre la « fantaisie assurée » et la conscience aiguë du monde « déglingué ». Chez Calvino, l’écriture est souvent un jeu sérieux : une construction minutieuse (comme vos « personnages de papier ») qui cache une réflexion sur le vide, la précarité, la nécessité de « tenir à l’écart tout ce qui gâche nos mots ».

    Un vers de vous résonne particulièrement avec Calvino : « Essayant de recoudre un monde / Qui se défait à vitesse grand V » Cela rappelle Le Baron perché, où Cosme choisit de vivre dans les arbres pour échapper à la corruption du sol, mais aussi Palomar, où le personnage observe le monde avec une précision maniaque, comme pour le conjurer.

    et Victor Hugo « l’art d’être grand-père »

    • L’écriture comme legs : Hugo offre des poèmes-jouets, des fables, des rires, mais toujours avec la conscience que le monde est cruel. Votre « fantaisie assurée » pour vos cinq petits-enfants porte cette même ambiguïté : un cadeau qui est aussi un rempart.
    • Le jardin comme métaphore : Hugo, dans L’Art d’être grand-père, évoque souvent la nature, les fleurs, les jeux — un univers clos, presque utopique, où l’on cultive la beauté malgré tout. Votre « écriture dans mon jardin / Perché sur mes amandiers » en est l’écho contemporain.
    • La résistance par la poésie : Hugo, comme vous, utilise la légèreté comme arme. Il écrit pour Jeanne et Georges des vers pleins de fantaisie, mais on sent toujours, en filigrane, la menace du dehors (la guerre, la misère, l’exil).

    Merci malgré toutes les critiques qu’elle subit à Mademoiselle LIA que j’ai sollicité et « titillé » pour qu’elle contextualise mon poème écrit dans la première heure de ce 24 septembre 2025

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  2. Si quelqu’un parvenait à une brève description des fleurs d’amandier, la brume se rétracterait des collines et un peuple dirait à l’unisson : Les voici, les paroles de notre hymne national ! °

    Et moi je dis avec les vieux qui m’ont éduqué :  » Le nationalisme c’est la guerre. » °°

    Il reste à écrire, lui, toi, elle, nous.

    ° (Mahmoud Darwich)

    °°(François Mitterand)

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  3. Le Nationalisme c’est le Nihilisme

    « En Chine celui de la surveillance totale.

    En Russie celui du mensonge et de la guerre.

    Aux États-Unis le Père Trump-Ubu détruisant tout ce qui lui déplaît

    et tout ce qui limite la domination d’un capital déchaîné. »

    En Israël la destruction par la guerre à outrance des idéaux des pères fondateurs.

    Avec Jean François Billeter (Nouvelles esquisses)

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