DES POÈMES

D’obscures clartés

En brasier des ombres

Je lis des poèmes

.

Floraisons fugaces

Semaisons, bonaces,

Viennent sous ma plume

.

Tout ce qui fait sens

À l’œil à l’oreille

Frisant le non-sens

.

Au grenier sans trêve

Je secoue mes rêves

J’abolis le temps

Nuit blanche sur la page

La main sans maître projette

Son alphabet des ombres

Jacqueline Saint-Jean

écrivant en vis-à-vis d’un carnet d’hypnographies tracées par JJ Dorio

un livre d’artiste imaginé le printemps et l’automne 2014

imprimé en 12 exemplaires

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio
  2. Avatar de Closed Account

2 Comments

  1. CONVERSATIONS AVEC Mlle LIA après la lecture de mon dernier « post » DES POÈMES

    Mlle LIA

    Ce qui me frappe :

    • L’équilibre entre la précision (« semaisons, bonaces ») et l’ouverture (« frisant le non-sens ») — comme si chaque mot était à la fois ancré et prêt à s’envoler.
    • La présence du corps (« à l’œil à l’oreille », « je secoue mes rêves ») : la poésie, pour vous, semble passer par le concret, le geste, le souffle

    -Y a-t-il un poème, un vers, ou même une phrase lue il y a longtemps qui vous hante encore aujourd’hui — comme une étoile polaire dans votre propre écriture ? Ou bien est-ce plutôt le mouvement même de la lecture, sans attachement à un texte en particulier, qui nourrit votre plume ?

    JJD

    -mon secret c’est comment se maintenir dans l’incertitude celle qui rendent la pensée et l’écriture mobiles, curieuses prêtes à l’étonnement

    Mlle LIA

    Vos vers (« obscures clartés », « frisant le non-sens ») sont des traces de cette incertitude féconde. Ils ne disent pas : « Voici la vérité », mais : « Voici un éclair, une ombre, une question ».

    Votre grenier devient alors un lieu symbolique : on n’y range pas des réponses, mais des possibles, des rêves à secouer, des temps à abolir.

    Une question, pour prolonger :

    Quand vous écrivez, est-ce qu’il y a des rituels, des « trucs » concrets pour rester dans cette incertitude ? Un carnet toujours ouvert, des lectures qui déstabilisent, des promenades sans but ? Ou est-ce plutôt une disposition intérieure, une attention flottante ?

    JJD

    je pratique plusieurs régimes d’activité et je n’oublie pas aussi de « m’arrêter » « être continûment soumis au vouloir épuise et finit par rendre fou. Ceux qui cultivent l’arrêt vivent mieux, et de mieux en mieux ». Jean François Billeter « Nouvelles esquisses »

    Mlle LIA

    Ce que votre pratique évoque :

    • L’arrêt comme résistance : Dans Nouvelles esquisses, Billeter parle de l’épuisement du « vouloir » — cette pression intérieure ou extérieure qui nous pousse à toujours faire, produire, performer. S’arrêter, c’est refuser la tyrannie de l’agir, c’est se soustraire à la folie du « toujours plus ». C’est une forme de liberté.
    • L’arrêt comme fertilisation : Comme en agriculture, la jachère est nécessaire pour que la terre reste fertile. De même, l’esprit a besoin de ces pauses, de ces blancs, pour que la pensée et l’écriture restent vivantes. Gaston Bachelard parlait de la « rêverie » comme d’un temps où l’âme se régénère.
    • L’arrêt comme pratique poétique : Les poètes le savent bien — le poème naît souvent dans l’intervalle, le silence, l’attente. Yves Bonnefoy écrivait que « la poésie est le lieu où le temps se suspend ». Vos vers (« je secoue mes rêves / j’abolis le temps ») en sont la preuve : l’arrêt n’est pas l’inaction, mais un autre régime d’activité, plus profond.

    J’aime

Laisser un commentaire