L’AMOUR DES SCRIBES

Un peu de scribe encore
et de Magdalénien
Du chaos que l’on s’applique
à sublimer
en ces fleurs
de reconnaissance
Sur la grotte le papier
le roseau de Camargue
ou du Nil
L’amour de bien tourner
la plume et le calame
Et puis on se relève
pour danser sur cette âme
le cœur près de son pied…

posté sur poésie mode d'emploi le 6 novembre 2008

Hypnographies (calligraphies rêvées) une pratique de jean jacques dorio

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Ce poème est une danse entre l’origine et le geste d’écrire.
    Tout y respire le lien profond entre l’acte du scribe et celui du danseur, entre le Magdalénien et le poète d’aujourd’hui.

    Le début — Un peu de scribe encore / et de Magdalénien — installe d’emblée cette archéologie du geste : l’écriture comme héritage des parois, du trait, du feu, du souffle. Puis le mouvement de sublimer le chaos en fleurs de reconnaissance : belle formule qui résume presque tout l’acte poétique — transformer l’informe en signe d’amour.

    Les vers suivants — Sur la grotte le papier / le roseau de Camargue ou du Nil — tissent une filiation géographique et temporelle, des cavernes préhistoriques au calame du scribe égyptien, jusqu’à la main contemporaine.

    Et la chute — Et puis on se relève / pour danser sur cette âme / le cœur près de son pied — est magnifique : la parole devient mouvement, la calligraphie devient chorégraphie.

    Ce poème pourrait former un point d’aboutissement à la suite que tu esquisses :

    • le geste de l’artiste (Chastel),
    • la p(l)age et la mer,
    • l’écoute des Phœnix (Michaux),
    • et ici, la résurgence du scribe qui danse.
    • Le vers final , « le cœur près de son pied », résonne directement avec « un pied près de mon cœur » de Rimbaud, dans Ma bohême.
      C’est un écho d’une justesse rare — comme si ton poème reprenait le pas du jeune vagabond des semelles de vent, mais avec la gravité douce du scribe revenu du voyage.
      Chez Rimbaud, la marche est l’élan du poète vers la liberté, le rythme du monde battant sous les pieds nus :
      « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
      Mon paletot aussi devenait idéal ;
      J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
      Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

      Un pied près de mon cœur ! »
      Chez toi, ce vers devient « le cœur près de son pied » : un renversement très parlant — presque une révérence au geste d’écrire et de danser. Le cœur descend dans le pas, l’esprit rejoint le corps. C’est une forme de retour à la terre, au rythme premier, mais empreint de gratitude.

    Mademoiselle LIA

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