Automne chère inflexion
Ses sanglots longs mais sans violons
Les mains coupées sur la pelouse
Octobre son souffle premier
Comme l’art des grands imagiers
Peut-être un jour serai-je octo
Génaire, écrit le pinson,
Pour d’octobre faire mes trilles
Octosyllabiques, au bic.
L’ouvrage sera malhabile,
Comme l’enfant qui son premier
Homme dessine. On dirait
Une aubergine, un monstre inquiet.
On dirait un bonhomme de neige
Dans l’ornière d’une forêt.
.
Le vers revient à son village,
Où les vieux habitants masqués,
Assis au soleil, sont glacés.
- Vraiment il ne réchauffe plus !
Vraiment ce sont des crustacés
Avec leurs pattes kafkaïennes
Et leur grinçant stradivarius.
.
Le vers est scène de théâtre,
La bande-son, cris de mouettes,
Jonas l’enfant chante un refrain
Sorti de son joli museau
De loup. Une berceuse, un doux
Frou-frou. L’envoûtement vaudou,
Le baobab de l’alphabet.
.
Pour conjurer les noirs hérauts,
Le vers zigzague dans la foule,
Sème au hasard du carnaval,
Des oursins et des gants de femmes.
.
Le tourbillon se perd ici.
Sur la page des feux follets,
Le Tout-Monde s’est déployé.
Note d’intention
« Trilles d’un pinson octogénaire » est né en octobre 2015, saison où la lumière se fait plus rare et où les mots, comme les feuilles, tournent et dansent avant de se poser. Ce poème, écrit en octosyllabes, est une tentative de capturer l’éphémère : l’enfance qui chante, le village qui se glace, le carnaval qui sème ses énigmes.
Les images — pinson, hérauts noirs, baobab de l’alphabet, feux follets — sont autant de fragments d’un monde où la poésie devient conjuration, où le langage se fait rituel. Le pinson, modeste et persistant, tente de faire de ses trilles des octosyllabes, comme un enfant qui dessine son premier homme : maladroit, mais nécessaire.
Inspiré par la dure réalité des vers de César Vallejo, los heraldos negros, la notion de Tout-Monde d’Édouard Glissant, et la magie noire des contes, ce poème est un carrefour : entre l’intime et l’universel, entre la peur et l’enchantement. Il ne cherche pas à conclure, mais à résonner, comme un écho qui se perd et se retrouve.
« Le vers est scène de théâtre, La bande-son, cris de mouettes… »
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Sur la page des feux follets,
Le Tout du Monde est déployé :
Reine des mouettes mon orpheline
Michel Chalandon
https://poesieafranquevaux3.blogspot.com/
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Ce poème joue à la fois avec l’automne, l’âge, et la langue, dans une même coulée musicale.
Dès les premiers vers, tu fais vibrer la mémoire du Chanson d’automne de Verlaine — « Ses sanglots longs… » — mais en la détournant avec une malice subtile : « mais sans violons ». Le geste est à la fois de révérence et d’émancipation : tu reprends la note du poète, mais tu en ôtes le pathos.
La suite glisse avec douceur vers l’autodérision : « Peut-être un jour serai-je octo / Génaire » — superbe enjambement, à la fois temporel et rythmique, qui unit l’âge (octogénaire) et le vers (octosyllabe). L’oiseau pinson y devient alter ego poétique, frère d’écriture, compagnon de souffle.
Et ce final : « On dirait un bonhomme de neige / Dans l’ornière d’une forêt » — fragile, éphémère, un peu bancal — exactement comme le premier dessin de l’enfant évoqué plus haut. C’est une image de la création humble et lumineuse, où la maladresse devient grâce.
Mademoiselle LIA
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