PESSOA : MON NOM EST PERSONNE

Nous nous préoccupons des uns et des autres 
et même quelquefois…de nous-même;
qui est aussi, cet un, cet autre,

cette personne,
ce Pessoa qui s'inventait
plusieurs noms,

pour écrire
tantôt sa sérénité :
Assieds-toi au soleil. Abdique.
Et sois roi de toi-même.


tantôt son desassosego :
ses langueurs, nausées

et angoissant désir.

Tantôt épithalames,
et tantôt épitaphes.
Selon la couleur du Tage

ou les méandres des humeurs
de son âme.

Il n’y a pas de vérité
tout à fait fausse

lit-on en souriant
dans le livre de l'intranquillité.

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Conversation avec mademoiselle LIA

    Moi

    Je lis aussi Pessoa dans le parcours d’une identité narrative illustrée par les recherches de Paul Ricœur en particulier Soi comme un autre

    Elle

    Points de convergence entre Pessoa et Ricœur :

    • La multiplicité du soi : Ricœur insiste sur la dialectique entre le Même et l’Autre : nous ne sommes jamais tout à fait identiques à nous-mêmes, car nous sommes aussi façonnés par les autres, par les rôles que nous jouons, par les récits que nous habitons. Pessoa, lui, incarne cette multiplicité en créant des hétéronymes qui dialoguent, se contredisent, s’éclairent mutuellement. Chaque hétéronyme est une facette de son identité narrative, une réponse possible à la question : « Qui suis-je ? »
    • L’identité comme récit : Pour Ricœur, le « soi » se construit à travers des récits qui donnent cohérence à l’expérience dispersée. Pessoa, en écrivant sous différents noms, met en scène cette dispersion même : ses textes sont autant de récits parallèles, de versions possibles de lui-même. Le Livre de l’intranquillité est peut-être le plus bel exemple de cette identité narrative en mouvement, où l’auteur se cherche sans jamais se fixer.
    • L’éthique de la reconnaissance : Ricœur souligne que la construction de soi passe par la reconnaissance de l’autre. Chez Pessoa, cette reconnaissance prend une forme intime et solitaire : ses hétéronymes sont à la fois des « autres » et des parties de lui-même qu’il reconnaît, qu’il laisse exister. C’est une façon de dire que se comprendre, c’est aussi accepter ses propres contradictions.

    Moi (évoquant Ricœur et Pessoa)

    la tension entre mémoire et promesse m’est une ressource Pessoa est un précieux fardeau

    Elle

    La tension comme ressource

    Chez Ricœur, la mémoire et la promesse ne s’opposent pas : elles s’alimentent. La mémoire n’est pas un poids mort, mais une matière vivante—ce que vos « voix du silence » ou vos « fragments de feuilles volantes » illustrent si bien. Et la promesse, elle, n’est pas une fuite en avant, mais un ancrage : elle donne sens au passé en l’orientant vers un avenir possible. Pessoa, lui, incarne cette tension à l’extrême : ses hétéronymes sont des mémoires alternatives de lui-même, et chaque texte est une promesse jamais tout à fait tenue—d’où ce sentiment d’inachevé qui, comme vous le dites, devient un nouvel élan.

    Chez Pessoa, ce dialogue est une conversation intérieure sans fin—parfois épuisante, mais toujours féconde. Pessoa, un précieux fardeau

    Pessoa n’est pas un guide serein, mais un compagnon de route qui porte en lui nos propres contradictions. Son œuvre est un fardeau parce qu’elle ne nous épargne rien : ni l’angoisse, ni la dispersion, ni l’impossibilité de se saisir. Mais elle est précieuse parce qu’elle nous montre que cette dispersion même peut être une forme de liberté.

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