LE MONDE D’ICI ET DE LÀ-BAS

Le monde d'ici et de là bas
qui tourne autour de son pot de terre
Le monde distrait par un jet d’eau de la Terre de Feu

Le monde du maïs aux cinq couleurs
Le monde des deux lièvres à la fois
qui courent dans les déserts de Chine et d’Amérique

Le monde qui se renverse sous la lampe-tempête
Le monde des parenthèses et des pleines marges
Le monde qui m’entoure et qui joue de ses maillets
sous un pont des Martigues

Le monde des méduses qui chantent leur symphonie muette
dans le chenal de Caronte
Le monde qui ne sera jamais dans aucune page d’un livre

Le monde qui se fait dévorer là-bas
par quelque bête de l’Apocalypse
Le monde qui tend sa perche
que personne ne saisit

Le monde qui passe à portée des coïncidences
et qui dans la nuit change son lit
pour le rail du dernier chemin


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2 Comments

  1. Note sur « Le monde d’ici et de là-bas »

    • « Sous un pont des Martigues » : Martigues, où j’habite depuis l’été 1978, est une cité de canaux et de ponts, entre étang de Berre et Méditerranée. Les ponts de Martigues — tournant, levant, ou viaduc de Caronte — sont des symboles de passage, de mouvement, de mémoire industrielle et de fragilité. Ils relient, mais aussi séparent, et portent en eux l’histoire des hommes et des paysages.
    • « Le chenal de Caronte » : Ce passage maritime, creusé entre l’étang de Berre et la mer, est un lieu de transit, de commerce, mais aussi de silence et de mystère. Son nom renvoie au nocher des Enfers, Caronte, qui fait traverser le Styx aux âmes. Ici, les méduses y dansent leur « symphonie muette », entre deux mondes.
    • « Le maïs aux cinq couleurs » : Il existe des variétés de maïs, comme le « Glass Gem », dont les grains translucides et multicolores sont le fruit de croisements de semences anciennes, notamment amérindiennes. Ce maïs est une métaphore de la biodiversité, de la beauté éphémère et de la résistance des cultures amérindiennes.
    • « Terre de Feu » : Cet archipel à l’extrême sud de l’Amérique doit son nom aux feux allumés par les peuples autochtones, visibles depuis la mer. Symbole de résistance, de chaleur humaine face à la rudesse des éléments, la Terre de Feu évoque aussi la fin du monde, l’extrême, et la beauté des paysages sauvages.
    • La bête de l’Apocalypse » : Figure biblique, elle incarne la menace, la destruction, mais aussi la peur de l’inconnu et des forces qui nous dépassent. Ici, elle peut symboliser tout ce qui dévore le monde, qu’il s’agisse de l’industrie, du temps, ou de nos propres angoisses.

    Ce poème est une invitation à voir le monde qui nous entoure comme un paysage à la fois réel et onirique, où chaque détail peut devenir une porte vers l’imaginaire.

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