POÉSIE EN UN SUJET FOLÂTRE ET DÉRÉGLÉ

Dès ma première enfance la poésie a eu cela
de me transpercer et de me transporte
r
Michel de Montaigne

Et moi je suis
De ceux qui tiennent
Que la poésie
Ne rit point ailleurs
Qu'en un sujet folâtre
Et déréglé
.
Fol âtre
Où flambent
Sonnets nouveaux
Et vers libres
.
Dévidant et filant
La langue françoise
Par tous les sens
Brisée et rapiécée
.
Et en tous lieux




Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio
  2. Avatar de mdcanoc5f3be09aa

3 Comments

  1. Échange avec mademoiselle LIA

    -Est-ce que ces vers s’inscrivent dans un projet plus large, ou est-ce une improvisation inspirée par Montaigne et la poésie contemporaine ?

    Poésie mode d’emploi

    -Oui Montaigne est convoqué « j’aime l’allure poétique à sauts et à gambades » et Rimbaud pour l’immense et raisonné dérèglement de tous les sens (on oublie souvent le « raisonné »)

    Poésie mode d’emploi

    -Vos vers, avec leur jeu sur la langue « brisée et rapiécée », semblent justement explorer cette zone : la folie comme outil, le désordre comme forme. Est-ce que vous cherchez, dans votre écriture, à concilier ces deux héritages — la gambade montaignienne et le dérèglement rimbaldien — pour créer une poésie qui soit à la fois libre et maîtrisée ? Ou est-ce plutôt une question de laisser la langue vous emporter, sans trop de contrôle ?

    Poésie mode d’emploi

    Attention danger poésie :
    la moindre crique est une mine
    le moindre vers une explosion
    Attention danger hérésie
    dans le mythe d’une caverne
    où le renne de Lascaux jaillit
    Attention danger galaxie
    voie lactée ô sœur lumineuse*
    où nous puisons notre énergie
    Attention danger poésie
    où dieux et maîtres n’ont plus cours
    mais les mille fleurs de poèmes
    qui donnent sens à nos vies

    LIA

    • Est-ce que cette poésie « dangereuse » est pour vous une façon de résister à quelque chose (l’ordre établi, la standardisation de la langue, la perte de sens) ?
    • Le renne de Lascaux et la Voie lactée : est-ce une façon de dire que la poésie est à la fois ancrage et échappée, mémoire et futur ?
    • « Les mille fleurs de poèmes » : est-ce une référence à la diversité des voix, ou à l’idée que chaque poème est une tentative de donner un sens, même éphémère, à nos vies

    Poésie mode d’emploi

    Aimer la poésie…
    et tout le reste est littérature
    Aimer Orphée
    le luthiste apollinaire
    Aimer le rythme
    la chanson des neuf cordes
    Comme s’il y avait
    une beauté du monde
    qui vient et va
    et que traduit
    – tant bien que mal –
    la mélodie contrariée
    de ce poème

    LIA

    • Est-ce que la poésie, pour vous, est avant tout une question de rythme et de musique intérieure ? Le « luthiste apollinaire » et la « chanson des neuf cordes » suggèrent une importance capitale de la sonorité, presque une poésie qui se chante avant de s’écrire.
    • La « mélodie contrariée » : est-ce une façon de dire que le poème est toujours en tension, entre ce qu’il veut dire et ce qu’il peut dire ? Ou est-ce une référence à la difficulté même d’écrire, de traduire l’émotion en mots ?
    • Enfin, « tout le reste est littérature » : est-ce une provocation, une boutade, ou une vraie conviction que la poésie est l’art suprême, celui qui touche à l’essentiel ?

    Poésie mode d’emploi

    le rythme est le caractère commun à tous les arts « tout le reste est littérature » l’art poétique de Verlaine

    LIA

    • Est-ce que vous pensez que la poésie contemporaine a perdu de vue cette primauté du rythme, au profit du sens ou de l’expérimentation formelle ?
    • Comment voyez-vous le lien entre le rythme en poésie et le rythme dans les autres arts ? Est-ce que la poésie peut « emprunter » des rythmes à la musique, à la danse, ou inversement ?
    • Enfin, est-ce que cette idée du rythme comme essence vous guide dans votre propre écriture ? Cherchez-vous d’abord une musicalité, une cadence, avant de construire le sens ?

    Poésie mode d’emploi

    Passagers éphémères de la planète Terre
    Ronde du temps où nos pas sont comptés
    Mais le lecteur qui aime les poèmes
    Prolonge leur danse et leur durée

    LIA

    • Est-ce que vous voyez la poésie comme une forme de résistance à la mort, ou plutôt comme une façon de l’apprivoiser ?
    • Le lecteur qui « prolonge la danse » : est-ce que cela signifie que le sens d’un poème ne s’achève jamais, qu’il se réinvente à chaque lecture ?
    • Enfin, est-ce que cette idée influence votre façon d’écrire ? Cherchez-vous à créer des poèmes qui demandent à être relus, qui résistent au temps ?

    Poésie mode d’emploi

    CÉLÉBRER AUJOURD’HUI LA BEAUTÉ DU MONDE : on croit rêver.
    Rêver, imaginer, s’émouvoir de tant d’obstination
    pour ne pas rompre le lien avec Nature et la poésie qui la célèbre
    avec les mots et merveilles des faiseurs de vers.
    Faiseur paraît un peu falsificateur.
    Mais non pourtant, le mot porte l’étymologie du poète fabricateur : el hacedor,
    que Borges mit en honneur et en doute :
    « J’ai commis cette écriture à un homme quelconque ;
    elle ne sera jamais ce que je veux dire,
    elle ne laissera pas d’en être le reflet. »

    LIA

    • « Faiseur de vers » : est-ce que vous revendiquez cette idée du poète comme travailleur manuel des mots, plus que comme génie inspiré ?
    • « Ne pas rompre le lien » : est-ce que la poésie, pour vous, a une dimension écologique, au sens où elle nous relie à la Nature et nous empêche de l’oublier ?
    • Enfin, Borges et le reflet : est-ce que vous voyez dans l’écriture poétique une forme de dédoublement — comme si le poème était toujours écrit par un autre, un « homme quelconque », qui n’est jamais tout à fait soi ?

    Poésie mode d’emploi

    la poésie est « l’autre voix » Octavio Paz en a fait un livre

    LIA

    • Est-ce que vous voyez, dans votre propre écriture, des moments où vous sentez que « l’autre voix » prend le relais ? Une voix qui n’est pas tout à fait la vôtre, mais qui s’exprime à travers vous ?
    • Paz lie aussi cette idée à la modernité : dans un monde où tout est bruit, la poésie serait l’un des derniers espaces où l’on peut encore entendre l’autre. Est-ce que cette dimension politique ou sociale de la poésie vous parle ?
    • Enfin, est-ce que vous pensez que la poésie contemporaine a perdu ou, au contraire, renforcé ce dialogue avec l’altérité ?

    Poésie mode d’emploi

    je suis un lecteur assidu de Paul Ricœur « Soi-même comme un autre » « La métaphore vive » « La mémoire, l’histoire, l’oubli » « Parcours de la reconnaissance »

    LIA

    Vos références à Ricœur montrent que votre poésie n’est pas seulement un art du langage, mais aussi une philosophie en acte — une façon de penser le monde, le temps, et la place de l’humain à travers les mots. Est-ce que vous diriez que la poésie, pour vous, est une forme de pensée autant qu’une forme d’art ?

    Poésie mode d’emploi

    oui avec d’autres outils, le travail quotidien, obstiné et fragile du faiseur de vers, forge, chemin faisant, sa philosophie

    LIA

    • Quels sont les « outils » de votre forge ? Sont-ce des contraintes formelles (mètre, rime, forme fixe), des rituels d’écriture, ou plutôt des lectures, des rencontres, des obsessions qui reviennent ?
    • Comment gérez-vous la tension entre l’obstination (le travail) et la fragilité (le risque de l’échec) ? Est-ce que cette fragilité est aussi ce qui vous pousse à écrire ?
    • Votre philosophie « chemin faisant » : est-ce qu’elle se cristallise autour de thèmes récurrents (le temps, la mémoire, l’altérité) ? Ou est-ce plutôt une attitude — une façon d’être au monde à travers les mots ?

    Poésie mode d’emploi

    les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
    les poèmes butent contre les portes des rêves inachevés
    les poètes meurent dans un dernier mot resté au secret

    les poèmes affrontent les fleuves intranquilles
    les poèmes surgissent des « voix chères qui se sont tues »
    les poètes se tuent à dire l’indicible

    les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
    les poèmes césurent riment et apocopent
    les poètes balbutient un dernier vers d’azur

    (le temps imparti s’est achevé mademoiselle LIA m’a quitté

    jusqu’à demain si possible)

    J’aime

  2. Et ce fut à cet âge La poésievint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’oùelle surgit, de l’hiver ou du fleuve.Je ne sais ni comment ni quand,non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pasdes mots, ni le silence :d’une rue elle me hélait,des branches de la nuit,soudain parmi les autres,parmi des feux violentsou dans le retour solitaire,sans visage elle était làet me touchait.

    Je ne savais que dire, ma bouchene savait pasnommer,mes yeux étaient aveugles,et quelque chose cognait dans mon âme,fièvre ou ailes perdues,je me formai seul peu à peu,déchiffrantcette brûlure,et j’écrivis la première ligne confuse,confuse, sans corps, pureânerie,pur savoirde celui-là qui ne sait rien,et je vis tout à couple cielégrenéet ouvert,des planètes,des plantations vibrantes,l’ombre perforée,cribléede flèches, de feu et de fleurs,la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.

    Et moi, infime créature,grisé par le grand videconstellé,à l’instar, à l’imagedu mystère,je me sentis pure partiede l’abîme,je roulai avec les étoiles,mon cœur se dénoua dans le vent.

    Pablo Neruda

    (Memorial de l’île Noire)

    J’aime

  3. LA POESÍA

    YFUE a esa edad… Llegó la poesía
    a buscarme. No sé, no sé de dónde
    salió, de invierno o río.
    No sé cómo ni cuándo,
    no, no eran voces, no eran
    palabras, ni silencio,
    pero desde una calle me llamaba,
    desde las ramas de la noche,
    de pronto entre los otros,
    entre fuegos violentos
    o regresando solo,
    allí estaba sin rostro
    y me tocaba.

    Yo no sabía qué decir, mi boca
    no sabía
    nombrar,
    mis ojos eran ciegos,
    y algo golpeaba en mi alma,
    fiebre o alas perdidas,
    y me fui haciendo solo,
    descifrando
    aquella quemadura,
    y escribí la primera línea vaga,
    vaga, sin cuerpo, pura
    tontería,
    pura sabiduría
    del que no sabe nada,
    y vi de pronto
    el cielo
    desgranado
    y abierto,
    planetas,
    plantaciones palpitantes,
    la sombra perforada,
    acribillada
    por flechas, fuego y flores,
    la noche arrolladora, el universo.

    Y yo, mínimo ser,
    ebrio del gran vacío
    constelado,
    a semejanza, a imagen
    del misterio,
    me sentí parte pura
    del abismo,
    rodé con las estrellas,
    mi corazón se desató en el viento.

    Pablo Neruda

    J’aime

Laisser un commentaire

Répondre à mdcanoc5f3be09aa Annuler la réponse.