QUI JE FUS

Le bris des phares sur vos paupières
et l’alcool long de ma mémoire,
mille huit cent soixante et onze
mille neuf cent soixante six,


songeons ensemble,
têtes courbes aux luminaires.


Va,
traverse l’écran joli et ma vie
les mots modernes et mon souci,


en double émoi je m’en éloigne.

De quelques traits j’encre mes jours :
trafics anciens sur d’autres rives, horloge à la terre tremblée, palais rongés au sel des îles.
Et l’émeute, jour de congé…



Quelle mémoire en mes états :
vous étiez lasse et pire,
j’allais croyant en vos empires,
gouffre du monde, roi d’Oshogbo,
voyages à vent vers l’odeur des épices,


et la fouille nocturne, sous l’arme automatique.


Pars,
à la dame ne pique.


Jean-Pierre Dartigues
inédit


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4 Comments

  1. Je suis habité; je parle à qui-je-fus et qui-je-fus me parlent. Parfois, j’éprouve une gêne comme si j’étais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de m’arriver que je ne m’entends plus moi-même.

    « Allons leur dis-je, j’ai réglé ma vie, je ne puis plus prêter l’oreille à vos discours. A chacun son morceau du temps: vous fûtes, je suis. Je travaille, je fais un roman. Comprenez le. Allez-vous en.

    Henri Michaux

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  2. Qui j’étais
    Qui je fus
    Qui je serai

    Que sera sera

    Je lis le bris de phrases

    Sous le ciel étoilé
    En Arles
    Où sont les Alyscamps

    Je relie Qui je fus
    à Michaux l’écorché

    à Guillaume Apollinaire
    écrivant Alcools

    Et à la saison en Enfer
    De Rimbaud

    Aux soubresauts d’une l’Histoire d’émeutes
    Et d’amours émouvantes

    À la fin le dilemme :

    « Pars
    à la dame
    ne pique »

    « On ne part pas
    C’est dit
    Ne pas porter au monde
    mes dégoûts
    et mes trahisons

    Rimbaud

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  3. Qui je suis

    Je l’ignore !

    Mythe ou réalité

    Dans l’intime du rêve

    Sortie du néant

    De passage dans le monde

    Captive de l’existence

    Et pourtant

    Novice devant les jours

    Proche de la fable

    Mais réelle

    Mais vivante

    Dans ce monde trop vaste

    Où je subsisterai

    Au-delà de mon temps

    Qui je suis

    Jour après jour

    Je me le demande ?

    Ce vide réanimé

    Cette mort en vue

    Cette vitalité

    À toute échelle

    Ces plissements inattendus

    Cette destinée

    Étrange Voulue

    Ce trop-plein

    Et puis

    Cet invivable

    Ces guerres

    Ces infamies

    Ce « renaître »

    Cet apprentissage

    Cette humanité

    À laquelle

    On croit toujours

    J’ai l’émotion

    En tête de liste

    J’ai le rêve

    En mouvement

    Je ne suis personne

    Je suis moi-même

    Je me confronte

    À ce cœur

    Et sa machinerie

    Où suis-je

    En vérité ?

    J’ai vécu

    Au sein d’un poème

    Je l’ai mâchonné

    Ligne après ligne

    J’ai vécu

    Au sein d’une nouvelle

    Toute proche

    De ses raccourcis

    J’ai vécu

    Au sein du roman

    Là-bas

    Au pays de l’enfance

    Je cohabite

    Et je fais face

    À celle que je guerroie

    Parfois…

    Andrée Chedid / Paris, le 31 décembre 2004

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