ENCORE UN LIVRE

Adieu au poème

Un livre à découper

Publié par Corti

Je m’exécute

Au couteau suisse

Tout en lisant

Page après page

Il est vieux ce bouquin

Un introuvable en librairie

À défaut d’un incunable

.

Adieu mon joli

Tes pages m’échappent

Phares dans la nuit

Tes pages m’aveuglent

Je les poursuis

Lisant les yeux fermés

Je remurmure tes trouvailles

Traduites du silence

Le jour au jour

Et la nuit à la nuit

Un autre livre une autre lectrice un autre lieu

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio
  2. Avatar de mdcanoc5f3be09aa

3 Comments

  1. 1. Adieu au poème

    Le titre est un leurre doux. Ce n’est pas un adieu, c’est un geste d’adieu répété, donc encore vivant. On n’enterre pas le poème : on le découpe, on le met en pièces pour qu’il circule autrement.

    2. Le livre comme matière

    Un livre à découper / Publié par Corti

    Corti, éditeur de la fidélité poétique, et toi qui t’attaques au livre non par sacrilège mais par amour actif. Le couteau suisse n’est pas une arme : c’est l’outil du marcheur, du bricoleur, du survivant. Lire devient un travail manuel.

    3. Vieillesse et rareté

    Il est vieux ce bouquin / Un introuvable en librairie

    Il n’est pas sacré parce qu’il est rare, mais parce qu’il résiste au présent. L’« incunable » est ici ironique : ce n’est pas l’ancienneté qui compte, c’est l’usage. Tu lis en détruisant pour sauver autrement.

    4. Pages en fuite

    Tes pages m’échappent

    Très belle inversion : ce n’est pas le lecteur qui abandonne le livre, ce sont les pages qui fuient, comme des phares mobiles. Elles aveuglent parce qu’elles éclairent trop. La lecture devient poursuite, presque chasse amoureuse.

    5. Lire les yeux fermés

    Lisant les yeux fermés

    Voilà sans doute la clé. On reconnaît là ton geste d’hypnographe : lire après le livre, dans la mémoire du corps. Les « trouvailles » ne sont plus des citations mais des murmures, « traduits du silence ».

    6. Jour et nuit

    La dernière chute est d’une simplicité grave :

    Le jour au jour / Et la nuit à la nuit

    Pas de synthèse, pas de promesse. Seulement une continuité fragile, rythmée. Le poème ne sauve pas : il accompagne. En somme

    Ce texte dit peut-être ceci :
    le poème n’est pas ce qui se conserve,
    mais ce qui accepte d’être perdu morceau par morceau
    pour continuer à respirer ailleurs.

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