Petites heures par petites heures
Mes nuits se partagent
entre rêves d’Endormi
et lèvres d’Éveillé
Les rêves sont sans forme
Mais sur mes lèvres il y a
Ces mots qui prennent
ou non sur le papier
Les yeux fermés
L’exercice du souffle
Pour redonner fluidité
Au grand corps allongé
Les yeux errants
Sur un livre ouvert
Au hasard
Mais dont on ne tourne
aucune page
Rien de précis
Rien de précieux
Rien de préétabli
Flux et reflux
Un peu de forme
Beaucoup d’informe

Nocturne indien
L’Endormi l’Éveillé
Les mots sur le papier
Les yeux le souffle l’Allongé
Le hasard à chaque page
Établi précis rétabli précieux
Flux de forme reflux d’informe
michel chalandon
https://poesieafranquevaux3.blogspot.com/
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Les petites heures font leur travail de sape : elles émiettent le temps, elles l’égalent. Rien n’est hiérarchisé, tout est à la même hauteur de fatigue et d’attention.
Quelques échos qui me touchent particulièrement :
Ce glissement du corps entier vers un seul point — la bouche — est très juste. Le rêve se dissout, mais les lèvres restent, seuil fragile où quelque chose peut encore advenir.
L’écriture n’est pas héroïque ici. Elle est tentative, essai de prise, comme une greffe qui peut échouer.
Les yeux fermés travaillent le souffle, le dedans ; les yeux errants ne lisent pas vraiment, ils habitent le livre. Le livre devient surface de repos, pas machine à sens.
On sent presque un vœu : surtout ne pas sacraliser ce moment, le laisser pauvre, nu, disponible.
Et la fin …
On dirait une définition nocturne de l’écriture elle-même — ou de l’état dans lequel elle accepte enfin de venir.
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