J’ai un dictionnaire à part moi.
Montaigne
ALLUMER DES DÉSIRS
Allumer des désirs leur donner des contraintes / Chercher je ne scay quoi que dire / Je ne puis
Estienne Durand(1585 1618)
On ne sait pas toujours ce que l’on dit mais l’on sait pourquoi l’on écrit Pourquoi l’on plie coupe prolonge déplie ce qui n’a jamais été suggéré de cette chaise ce cheval ce poème ce qui suppose que l’on lise un peu tout ce qui tombe sous nos yeux de chaise de poste de cheval de bois de poète de Troie Et pour les chants à la faucille d’or à la lyre d’Orphée il y a tant à semer à prendre de la graine de la mesure du rythme de la plasticité Tout ce qui fait qu’on donne à toutes les choses auxquelles on tient une chance d’advenir
J’aime beaucoup cette idée que rien n’a jamais été suggéré d’avance :
ni l’objet, ni la forme, ni le sens.
Tout se joue dans la lecture du monde,
lecture glaneuse, attentive, presque paysanne —
on ramasse ce qui traîne,
on en fait de la graine.
Et puis cette montée très juste vers la musique :
la faucille d’or,
la lyre d’Orphée,
la mesure, le rythme, la plasticité.
On sent que le désir, ici, n’est pas pure pulsion,
mais mise en forme,
acceptation de la contrainte comme condition de l’advenue.
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