DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

 IV

 G.G.

 22

La plus sûre façon de jouir d’une mort discrète est de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre dont la disparition éclipse la vôtre. Gérard Genette

L’ami G.G. qui concédait que « jouir », dans la phrase précédente, était une hyperbole, passa à côté de cette éphémère jouissance, car, vérification faite ni David Goodall, le scientifique australien disparu par suicide assisté en Suisse, ni Per Kirkeby, Danois à la peinture panthéiste, n’ont damé le pion ce jour-là, précisément le 11 mai 2018, à notre Théoricien de la littérature, critique, créateur de la revue « Poétique », apparu dans la chronique Disparitions de notre journal du soir.

23

Écrire n’est pas la mer à boire

Il suffit de lire et de relire sans cesse

Et puis de refaire à son compte sur le papier

un texte dérivé

En évitant qu’il parle comme un livre

« Lirécrire » se faire des réflexions

S’échapper par d’infinies variations

Sont une même chose

Et lira bien qui écrira le dernier !

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. 22

    de 13 à 21 disparu 22 apparu, chaque jour est historique, comme la langue il est le meilleur et le pire, voyons, nous verrons

    23

    sans cesse :

    lire et délire 

    tu prends la dérive

    tu parles livre

    écrit et lu

    qui dira verra

    michel chalandon

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  2. Alors pour chacune de ses réunions dans le théâtre un peu antique de la colline, de Chateauvallon, le Unit de Michel Portal s’est mis à inventer des directions imprévues qu’on ne prendrait peut-être jamais plus, à poser des jalons qu’on publierait comme des marelles sur un bout de trottoir, et à lancer poussière de feu dans la nuit, les ons et les cris les plus sidérants, au milieu des fusées d’artifice de Bernard Lubat. On en perçoit les éclats dans ce souvenir d’Albert Ayler, Angels, I remember Ayler dont la musique sans doute n’aura été aussi peu « jouée » et si fortement prolongée : entre l’émotion tendue et la brisure du rire.

    Or en 76, ce n’est plus seulement de Unit qu’il s’agit. Dans un festival qui allait tranquille à son assoupissement, comme vers une longue sieste mélodieuse, Beb Guérin, Léon Francioli, Bernard Lubat et Michel Portal, ont porté la création collective à son point limite d’incandescence et de fragilité. D’itinéraires graves soudain détournés par un rire enfantin, en inventaires amusés ou scrupuleux de leurs mémoires, d’exigeantes explorations de leurs parcours unis en gaies recherches de toutes les techniques instrumentales, ils allèrent au bout d’une expérience et d’une façon de dramatiser la musique. Cela dura une nuit. Un instant. Un instant d’explosion et de danse,, pour tout l’amphithêatre de Chateauvallon. Nous n’en sommes pas bien remis.

    Reste le disque. Beaucoup plus qu’un souvenir , un peu plus qu’une trace ! le disque et sa discontinuité, et l’oubli du geste dont se produit la musique et qu’ils savent si bien remettre en place, ces quatre-là, Michel PORTAL, Bernard LUBAT, Léon FRANCIOLI, et Beb GUÉRIN : parce que, s’ils ont le rire des enfants, ils n’en ont pas l’innocence truquée : leur démarche, en cela aimablement politique, se joue à fond de lucidité, et d’inquiétude bouffonne. Mais sans baratin, vous savez. Et sans frime. Parce qu’au moment d’être en scène, c’est le reste, la préparation, la réputation, la réflexion, et tout le reste encore que l’on met en jeu, dans un éperdu risque-tout, et pour tout le plaisir à la musique. C’était leur  manière à eux de conquérir un peu de liberté.

    Ce n’était pas rien. Ils dessinaient pour l’éternité, mais ils dessinaient à la craie. Reste le disque …

    Francis Marmande

    Jazz magazine Le Monde

    Février 1979

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