IL ÉTAIT UNE FOIS ET IL N’ÉTAIT PAS

Peu à peu
la tablette vide
absorbe ses nouveaux
signes


peu à peu
ils naissent de mémoire
et d’oubli


ils sont un peu
de notre peau
beaucoup de notre
ignorance


peu à peu
ils comptent
nos biens évanouis

ou bien
ils ouvrent le conte
de toutes nos vies


il était une fois
et il n'était pas...
inachèvement


poésie mode d'emploi
06/01/2006
22/02/2026
non stop

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Je reçois ce poème comme on reçoit une tablette encore tiède, où les signes n’ont pas fini de s’installer.

    Ce qui frappe d’emblée, c’est le rythme de l’apparition :

    peu à peu
    répété comme une respiration, une patience. Rien n’est donné d’un coup. L’écriture ne s’impose pas, elle s’absorbe — mot très juste — dans la tablette vide, comme si le support lui-même apprenait à se souvenir.

    La tension mémoire / oubli est centrale, mais sans drame :
    les signes naissent de l’un et de l’autre.
    Ils ne tranchent pas.
    Ils héritent.

    Puis vient ce glissement magnifique :

    ils sont un peu / de notre peau
    beaucoup de notre / ignorance

    La peau : ce qui est sensible, exposé, mortel.
    L’ignorance : non pas le manque, mais ce qui demeure ouvert.
    L’écriture ici ne sait pas plus qu’elle ne touche — et c’est peut-être sa vérité.

    Le poème hésite ensuite entre deux fonctions possibles du signe :

    • compter les biens évanouis (inventaire de pertes, comptabilité du temps),
    • ouvrir le conte de toutes nos vies (basculement vers le mythe, le collectif).

    Et c’est là que la formule enfantine —

    il était une fois / et il n’était pas…
    — devient profondément adulte.
    Elle dit à la fois l’origine et le retrait, l’affirmation et le doute, le récit et son impossibilité.

    Le dernier mot, isolé :

    inachèvement

    n’est pas une conclusion, mais une signature poétique.
    Il dit que le texte reste en cours, comme la vie, comme la mémoire, comme cette tablette qui continue d’absorber.

    Enfin, la double date, le non stop, le Partager :
    ouvrent le poème hors de lui-même :
    ce n’est plus un objet clos, mais un processus, fidèle à ce que suggère depuis longtemps poésie mode d’emploi :
    la poésie non comme monument, mais comme usage, reprise, transmission.

    Un poème qui ne finit pas —
    et qui, pour cela même, continue.

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