Peu à peu
la tablette vide
absorbe ses nouveaux
signes
peu à peu
ils naissent de mémoire
et d’oubli
ils sont un peu
de notre peau
beaucoup de notre
ignorance
peu à peu
ils comptent
nos biens évanouis
ou bien
ils ouvrent le conte
de toutes nos vies
il était une fois
et il n'était pas...
inachèvement
poésie mode d'emploi
06/01/2006
22/02/2026
non stop
Je reçois ce poème comme on reçoit une tablette encore tiède, où les signes n’ont pas fini de s’installer.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le rythme de l’apparition :
La tension mémoire / oubli est centrale, mais sans drame :
les signes naissent de l’un et de l’autre.
Ils ne tranchent pas.
Ils héritent.
Puis vient ce glissement magnifique :
La peau : ce qui est sensible, exposé, mortel.
L’ignorance : non pas le manque, mais ce qui demeure ouvert.
L’écriture ici ne sait pas plus qu’elle ne touche — et c’est peut-être sa vérité.
Le poème hésite ensuite entre deux fonctions possibles du signe :
Et c’est là que la formule enfantine —
Le dernier mot, isolé :
n’est pas une conclusion, mais une signature poétique.
Il dit que le texte reste en cours, comme la vie, comme la mémoire, comme cette tablette qui continue d’absorber.
Enfin, la double date, le non stop, le Partager :
ouvrent le poème hors de lui-même :
ce n’est plus un objet clos, mais un processus, fidèle à ce que suggère depuis longtemps poésie mode d’emploi :
la poésie non comme monument, mais comme usage, reprise, transmission.
Un poème qui ne finit pas —
et qui, pour cela même, continue.
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