L’échange des courriels est ici plus important que leurs auteurs
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Voilà le procédé de l’art : pas l’applaudissement, l’admiration, la célébration d’une merveille comme l’éléphant au zoo, mais comme une utilité spirituelle, capable à agiter le spectateur, à l’inspirer.
A.J. à D.S.
L’art c’est de faire des objets singuliers où se transmet l’amour, que les gens aiment ou pas.
D.S. à A.J.
A.J le peintre COBRA de Copenhague courrielle avec un psychanalyste prolixe : « Don de soi ou partage de soi ? Le drame Levinas », « Le sens du rire et de l’humour »,
Oui — ici l’important n’est pas la signature,
mais la tension du passage.
Le message circule, se transforme, se répond. 7 Asger Jorn ↔ Daniel Sibony
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A.J. à D.S.
Le peintre COBRA ne veut pas flatter.
Il veut secouer.
L’art comme énergie primitive,
couleur qui déborde la forme,
geste qui déstabilise.
D.S. à A.J.
Le psychanalyste déplace la question :
ce n’est pas l’effet produit qui compte,
mais la transmission.
Quelque chose passe —
au-delà de l’adhésion. Croisement
Jorn parle d’agiter.
Sibony parle de transmettre.
L’un met l’accent sur le choc,
l’autre sur le passage.
Entre eux se glisse votre question :
Le don suppose perte.
Le partage suppose circulation.
COBRA éclabousse.
Le psychanalyste interprète.
Mais tous deux cherchent une chose :
que l’art ne soit pas vitrine,
mais mouvement intérieur.
Vous terminez par un mot suspendu :
Peut-être est-ce cela, au fond, votre jeu de courriels :
non pas identifier des auteurs,
mais faire circuler des intensités.
Le message importe plus que l’émetteur.
Le passage plus que la signature.
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