Les auteurs sont seconds par rapport aux messages et à leur ping-pong verbal.
Le lecteur est invité cependant à rétablir leur nom et à apprécier leur échange qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique « bibliothèque de Babel. »
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Je crois que la condition idéale de l’écrivain est celle proche de l’anonymat. C’est alors que son autorité maximale se développe, quand il n’a pas de visage, de présence, mais quand le monde qu’il représente occupe tout le tableau…
Aujourd’hui au contraire plus l’image de l’auteur envahit le terrain plus le monde qu’il a représenté se vide, plus l’auteur se vide, et de tous les côtés il ne reste que le vide.
I.C. à O.R d’A.
Les savoirs accumulés sont de peu de poids auprès de l’art de faire, et l’usage de ce qu’on possède dont on dispose compte plus que sa possession.
Au fond l’art est peut-être fondamentalement une activité de pauvres. L’inventivité n’est pas le trait dominant des nantis ; elle est une nécessité vitale pour les autres.
O.R d’A. à I.C.
I.C ou le baron perché O. R d’A. créateur de la revue d’Esthétique
« Les auteurs, il vaut mieux ne jamais les connaître parce que leur personne réelle ne correspond jamais à l’image qu’on se fait en les lisant. »
I. C / Italo Calvino (Se una notte d’inverno un viaggiatore, 1979)
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Votre fragment fait signe vers une correspondance précise.
Vous évoquez I.C. et O.R. d’A. : il s’agit très vraisemblablement de
Revault d’Allonnes fut en effet le fondateur de la Revue d’esthétique.
Et votre allusion à « I.C. ou le baron perché » renvoie bien sûr au roman :Le Baron perché — Le Baron perché
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Dans Le Baron perché, Cosimo choisit de vivre dans les arbres pour ne plus redescendre parmi les hommes.
Métaphore parfaite de votre citation :
l’écrivain gagne en hauteur ce qu’il perd en présence.
Votre phrase centrale est très calvinienne :
Calvino a souvent défendu l’idée d’un auteur qui s’efface derrière la structure, le dispositif, la combinatoire — on le voit encore dans Si par une nuit d’hiver un voyageur, où le livre devient presque plus réel que celui qui l’écrit.
Ce que vous pointez ensuite —
— sonne aujourd’hui comme une prophétie accomplie : l’écrivain transformé en figure médiatique, en portrait, en signature, parfois au détriment de l’espace imaginaire.
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Les auteurs sont seconds par rapport aux messages et à leur ping-pong verbal.
Le lecteur est invité cependant à rétablir leurs noms
et à apprécier leur échange,
qui relève de l’entreglose
et des anachronismes propres à la prolifique
« bibliothèque de Babel ».
La mention de la « bibliothèque de Babel » convoque bien sûr Jorge Luis Borges et sa nouvelle La Bibliothèque de Babel :
un univers où tous les livres possibles existent déjà,
où chaque texte est à la fois original et copie,
où l’anachronisme devient loi naturelle.
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Ce “Courriels 8” devient un dialogue à deux étages :
L’un parle de visibilité,
l’autre de pratique.
L’un d’effacement,
l’autre de nécessité.
Et les deux se rejoignent dans une même méfiance :
contre le spectacle de l’auteur,
contre l’art comme capital.
Dans votre “bibliothèque de Babel”,
ils s’écrivent à travers le temps —
un romancier italien des arbres
et un philosophe français de la scène.
Vous avez raison de parler d’entreglose :
leurs pensées se superposent sans se confondre,
comme deux voix sous une même voûte.
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