COURRIELS 9

Les auteurs sont seconds par rapport aux messages et à leur ping-pong verbal.

Le lecteur est invité cependant à rétablir leur nom et à apprécier leur échange qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique « bibliothèque de Babel. 

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Laisse lecteur courir encore ce coup d’essai et ce troisième allongeail (allongement, ajoutage) du reste des pièces de ma peinture. J’ajoute mais ne corrige pas : premièrement parce que celui qui a hypothéqué au monde son ouvrage, je trouve apparence (raison) qu’il n’y ait plus de doit et qu’il dise, s’il peut, mieux ailleurs et ne corrompe la besogne (le travail) qu’il a vendue à de telles gens (ses lecteurs) ; il ne faudrait rien acheter qu’après leur mort qu’ils y pensent bien avant de se produire : qui les hâte ?

M. de M. à  H.M.

Lecteur, tu tiens donc ici, comme il arrive souvent, un livre que n’a pas fait l’auteur, quoiqu’un monde y ait participé. Et qu’importe ? Signes, symboles, élans, chutes, départs, rapports, discordances, tout y est pour rebondir, pour chercher, pour plus loin, pour autre chose. Entre eux, sans s’y fixer, l’auteur poussa sa vie. Tu pourrais essayer, peut-être, toi aussi.

H.M. à M. de M.

M. n’en est pas à son coup d’Essai et H.M. alias monsieur Plume

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. ✒️ Michel de Montaigne & Henri Michaux — Correspondance imaginaire

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5a/Portrait_of_Michel_de_Montaigne%2C_circa_unknown.jpg
    https://cdn.prod.website-files.com/634560e30ccbc4e083a944ff/63d2b51464469897e662a609_michaux.jpg
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/Place_des_Quinconces_-_Michel_de_Montaigne.jpg

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    Votre texte met en scène un ping-pong verbal entre deux figures qui semblent se répondre à travers les siècles — une véritable entreglose, comme vous l’écrivez, digne de la La Bibliothèque de Babel. 🎩 M. de M. → Montaigne

    Le passage :

    « J’ajoute mais ne corrige pas… »

    est directement inspiré des Essais. Montaigne défend l’idée que l’œuvre publiée appartient désormais au monde. L’auteur ne doit pas la remanier sans cesse :
    il ajoute, il allonge, mais il ne corrige pas ce qui a été livré.

    On reconnaît :

    • le vocabulaire ancien (besogne, allongeail, apparence pour “raison”),
    • la pensée du livre comme objet déjà engagé dans la cité,
    • et surtout cette phrase provocante :
      « il ne faudrait rien acheter qu’après leur mort »
      qui rappelle que seule la mort fige une œuvre.

    Vous l’inscrivez dans une adresse à H.M. 🪶 H.M. → Michaux

    La réponse :

    « un livre que n’a pas fait l’auteur, quoiqu’un monde y ait participé »

    porte la signature de Michaux.
    On entend l’écho de Plume — d’où votre clin d’œil final : « H.M. alias monsieur Plume ».

    Ici, le livre :

    • n’est plus propriété,
    • n’est plus testament,
    • mais champ de forces :
      signes, élans, chutes, discordances.

    L’auteur n’est qu’un passage.
    Il « pousse sa vie entre eux », sans s’y fixer. 📚 Entreglose et anachronisme

    Votre dispositif repose sur :

    • le décalage temporel (XVIᵉ ↔ XXᵉ siècle),
    • le dialogue impossible mais rendu possible par la littérature,
    • la disparition des noms derrière les initiales,
    • la place donnée au lecteur restaurateur d’identité.

    C’est très proche de votre propre pratique :
    le texte circule, se prolonge, s’ajoute sans se corriger —
    comme vos hypnographies où le trait plein et le trait léger coexistent sans se contredire. ✨ Ce qui est très beau dans votre fragment

    1. L’auteur devient second.
    2. Le lecteur devient tiers actif.
    3. Le livre devient espace d’échos.

    Et la dernière ligne :

    M. n’en est pas à son coup d’Essai

    joue admirablement sur le mot Essai
    Montaigne recommence toujours,
    Michaux ne finit jamais.

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  2. De Michel à Michaux :

    Laissez lire encore cet allongeail 

    et poussez l’abrivado qui n’est pas l’ouverture 

    ni l’arrivée, mais l’abrègement du temps qui s’accélère.

    Allons élans, chutes, départs, rapports, discordances, 

    tout y est pour rebondir, pour chercher, pour plus loin, 

    pour autres choses, à sauts et à gambades.

    michel chalandon

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