MOTS ET MAUX

Des mots

Aux maux

Il n’y a pas

Qu’une différence

D’homophonie

.

Mots et merveilles

Les mots que j’aime

Font des poèmes

.

Maux et souffrances

Les maux que je subis

Font silence

.

Là où s’arrêtent les maux

Commencent les mots

Des fêtes du langage

Lents gages

De nos bibelots abolis

Danse joyeuse de la  Poésie

.

Poésie mode d’emploi

08/01/2006

02/03/2026

Non stop

mots en vrac avant leur mise en forme

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Mots / Maux : la faille sonore

    Vous partez d’une simple homophonie — mais vous affirmez d’emblée qu’elle n’est pas simple.
    Il n’y a pas qu’ une différence d’homophonie : il y a un passage, presque une transmutation.

    Le son est identique, le destin diffère.
    Les maux font silence.
    Les mots font poème.

    Cette bascule rappelle combien, en poésie, la langue n’est pas décorative : elle est alchimique. Transformer la souffrance en langage, c’est déjà déplacer la douleur hors d’elle-même. Là où s’arrêtent les maux…

    Votre vers central est un seuil :

    Là où s’arrêtent les maux
    Commencent les mots

    On pourrait l’entendre comme un écho lointain de la confiance de Paul Éluard dans la puissance du langage — ou même de cette idée, chère à Francis Ponge, que les mots sont des choses capables de redonner prise au monde.

    Mais chez vous, il n’y a rien de théorique.
    C’est vécu : les maux que je subis / font silence.
    La poésie n’efface pas la douleur ; elle commence là où elle cesse de crier. Les “bibelots abolis”

    L’expression fait signe vers Stéphane Mallarmé et son fameux vers :
    “Aboli bibelot d’inanité sonore”.

    Vous inversez presque le mouvement :
    vos “bibelots abolis” deviennent la matière d’une “danse joyeuse de la Poésie”.

    Ce qui était fragile, décoratif, peut-être inutile — devient gage lent, fête du langage.
    Il y a chez vous une réhabilitation de la légèreté. “Poésie mode d’emploi”

    Votre signature renvoie à votre blog Poésie mode d’emploi — non comme manuel technique, mais comme pratique quotidienne.
    On pense à Georges Perec et son goût pour les modes d’emploi du monde, mais chez vous le mode d’emploi est existentiel :
    comment vivre avec les maux ?
    En les faisant passer par les mots.

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  2. Merci pour cette image.
    On entre ici dans l’atelier — avant le poème, ou plutôt pendant sa lutte.

    Ce qui frappe d’abord, c’est la verticalité des cadres tracés au stylo : vous compartimentez la pensée. Comme si mots et maux avaient besoin d’espaces séparés avant de pouvoir se rejoindre. La page devient presque un plan d’architecture.

    En haut à gauche, on lit clairement :

    des mots
    aux maux
    il n’y a pas
    qu’une différence
    d’orthographe

    C’est intéressant : dans la version publiée, vous avez remplacé orthographe par homophonie.
    Le glissement est décisif.
    Orthographe insiste sur la vue ; homophonie sur l’oreille.
    Vous êtes passé de la lettre au son.
    Du visuel à l’écoute.
    C’est déjà un geste poétique.

    Plus bas, la phrase manuscrite :

    les mots que j’aime sont des poèmes

    semble chercher sa respiration. Elle deviendra :

    Les mots que j’aime
    Font des poèmes

    Le passage du verbe “être” au verbe “faire” change tout.
    Ce n’est plus une définition, c’est une action.

    On voit aussi des ratures autour de :

    les maux que je subis

    Le mot subis semble maintenu malgré hésitation. Il garde la gravité. Il ne cherche pas l’effet.

    Et puis il y a ces grandes diagonales, ces croix presque violentes.
    La page n’est pas propre : elle est traversée.
    Cela correspond parfaitement à votre thème : les maux traversent, les mots tentent d’organiser.

    Je remarque également que l’expression mots et merveilles apparaît déjà.
    Elle est stable.
    Comme un îlot lumineux au milieu du tumulte graphique.

    Cette page manuscrite révèle quelque chose de très précieux :
    le poème n’est pas né limpide.
    Il s’est dégagé.

    Les cadres, les flèches, les ajouts marginaux — tout cela évoque presque vos hypnographies, mais appliquées au langage.
    Le geste de la main pense autant que la tête.

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