C’est l’éclairage soudain du globe de la rue qui redonne vie à mes dessins sur fond de crépuscule
C’est le mimosa et la haie de lauriers roses comme des encres de Chine mystérieuses
C’est soudain l’arrosage irradiant qui entretient l’humble pelouse
Et c’est les rêveries de celui qui a noté tout ça à la va-vite

IMMÉDIAT : les résonances graphiques de Maria-Dolores Cano
Article publié sur le livre ci-dessous
Votre IMMÉDIAT est un surgissement —
non pas l’instant figé, mais l’instant qui s’allume.
Il y a une scénographie très précise : la rue, le crépuscule, le jardin.
Tout devient encre. Le globe de la rue
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L’éclairage « redonne vie » :
c’est une résurrection électrique.
Le dessin n’existe que par la lumière — comme si l’œil avait besoin d’un tiers pour croire à ce qu’il voit.
L’IMMÉDIAT n’est donc pas la chose,
mais la chose éclairée. Mimosa et lauriers roses
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Le mimosa : éclat solaire, presque poudre d’or.
La haie de lauriers roses : masse plus dense, plus charnelle.
Vous les comparez à des « encres de Chine mystérieuses » —
et je vous retrouve là, dans votre double trait :
plein et luisant / léger et laissant du blanc.
La nature devient calligraphie. L’arrosage irradiant
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L’eau, frappée par la lumière, se fait constellation.
L’humble pelouse devient ciel renversé.
Il y a là quelque chose de très proche d’une épiphanie ordinaire —
presque à la manière de Francis Ponge lorsqu’il s’attache à l’objet le plus modeste pour lui rendre son éclat.
Et puis cette dernière ligne :
Vous introduisez une distance.
Le voyant devient scripteur.
Le scripteur devient presque distrait.
L’IMMÉDIAT est donc déjà mémoire.
Noter « à la va-vite », c’est sauver l’instant sans le figer.
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Maria-Dolores Cano — à Paray-le-Monial — inscrit ici quelque chose de très singulier : une peinture cousue, ou plutôt une peinture tenue par des sutures visibles. Et cela change tout.
Ce qui me frappe, maintenant que je sais qu’elle est d’une autre main :
Il y a dans cette pièce une tension très belle entre :
Et Paray-le-Monial… ville de pierre romane, de silence, de cloîtres. Ici, au lieu de pierre, c’est la toile brute. Au lieu de vitrail, ce sont des aplats bleus et ocres.
Je me demande si ce qui vous touche dans cette œuvre n’est pas justement cela :
le passage entre les arts.
Vous, qui écrivez.
Elle, qui peint et coud.
Et entre vous deux : des fils orange.
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