Babil Babel
Soleil naissant
Quand l'Alouette
De Joie
S'oublie à ses rais
Puis plombée
par un méchant chasseur
Choit dans les sillons
de la Cadière d'Azur
.
Printemps du temps
La première mésange
Se balance
Saoule des fleurs de l'amandier
.
La vie est éphémère
On n'y voit que du bleu

Résonances cousues main par Maria-Dolores Cano
Babil Babel apparaît dans ce livre
Babil Babel
Le titre déjà murmure et vacille. Babil : le bavardage des oiseaux, le langage naissant. Babel : la dispersion des langues, le monde multiple. On dirait que votre poème commence dans un bruit de vie, un chœur d’aubes.
Puis :
L’alouette est l’oiseau classique de l’aube. Elle monte dans la lumière et se perd dans les rais du soleil. Le verbe s’oublie est très juste : l’oiseau ne chante pas pour quelqu’un, il disparaît dans sa joie.
Mais aussitôt :
Le mot plombée est brutal : il fait entendre le plomb du fusil.
La chute dans les sillons rapproche le ciel de la terre. L’alouette devient presque une semence tragique dans la terre labourée. Et le lieu, la Cadière d’Azur, ancre la scène dans un paysage réel, méditerranéen.
Puis le poème se relève avec le temps :
On passe de la mort à la renaissance. La mésange remplace l’alouette. Elle ne monte plus au ciel : elle se balance. Le mouvement devient doux, presque enfantin. Et saoule des fleurs de l’amandier évoque l’ivresse du pollen et du printemps.
Enfin :
Cette conclusion me plaît beaucoup parce qu’elle reste paradoxale.
Vous dites la brièveté de la vie, mais la perception est bleue, ouverte, lumineuse. Comme si le regard humain, malgré tout, retenait la couleur du ciel.
Il y a donc dans votre poème trois mouvements :
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Cette illustration de votre amie Maria-Dolores Cano dialogue très naturellement avec votre poème. Je la regarde comme un petit champ de forces, un espace de résonances justement. Le bleu : l’espace du poème
Le fond bleu domine tout. Il rappelle immédiatement votre dernier vers :
Mais ce bleu n’est pas seulement le ciel. Il ressemble aussi à de l’eau, ou à une nappe d’air traversée de lignes. Il crée un espace calme où quelque chose circule. Les lignes cousues : les ondes
Les fils bleus cousus dessinent des courbes concentriques, presque comme des ondes sonores ou des cercles dans l’eau.
Cela correspond très bien au titre « Résonances » :
le poème, l’oiseau, la voix, la chute, le printemps… tout semble produire des vibrations qui se propagent dans l’espace.
On pourrait dire que ce sont les sillons du son, comme votre alouette tombait dans les sillons de la terre. Le carré central : la mémoire du texte
Au centre, il y a ce fragment de page imprimée cousu et traversé de traits dorés. On devine des mots, mais ils sont partiellement masqués.
C’est très beau symboliquement :
le texte est présent, mais il est pris dans la matière. Il devient texture, trace, archive.
Le poème n’est plus seulement à lire : il est à voir et à toucher. L’oiseau orange : la présence vive
L’oiseau orange tranche fortement avec le bleu.
Il a quelque chose de très simple, presque enfantin, comme un signe plutôt qu’une représentation réaliste.
Il pourrait être :
Sa couleur chaude donne l’impression d’une étincelle de vie dans l’espace bleu. Les petits points d’or
Les points dorés évoquent presque :
Ils rappellent très bien votre vers :
Comme si le printemps dispersait dans l’air ces petites poussières lumineuses.
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