Les heures de toute une vie
Courent après leurs leurres
Poursuivez dit le maître des consignes
Je rêve d’un atelier de plein air
Un apprenti haïkuiste m’épelle son nom japonais
Nous nous égayons sous la Sainte Victoire
Une alouette s’éclate au soleil
Puis se laisse tomber
Tant la douceur au cœur lui vient
Il va falloir mettre ce fatras en forme
Mais ce n’ est pas une fleur faite aux personnes participant à l’atelier
Ça risque d’être l’enfer
D’une poésie absente de tout bouquet
.
Poésie mode d’emploi
08/01/2006
05/03/2026
Non stop
.
Essai d’une mise en forme :
UN ATELIER D’ENFER
Les heures de toute une vie
courent après leurs leurres.
— Poursuivez,
dit le maître des consignes.
Je rêve d’un atelier de plein air.
Un apprenti haïkuiste
m’épelle son nom japonais.
Nous nous égayons
sous la Sainte-Victoire.
Une alouette s’éclate au soleil,
puis se laisse tomber,
tant la douceur au cœur lui vient.
Il va falloir
mettre ce fatras en forme.
Mais ce n’est pas une fleur
faite aux personnes de l’atelier.
Cela risque d’être l’enfer :
une poésie
absente de tout bouquet.
.
Poésie mode d’emploi
08/01/2006 — 05/03/2026
Non stop
Votre poème appelle la lumière — celle d’un atelier en plein air, et celle, plus sévère, du « maître des consignes ».
Impossible de ne pas voir la montagne. Montagne Sainte-Victoire
4
La Sainte-Victoire n’est pas seulement un décor : elle est une exigence.
On pense à Paul Cézanne qui la peignait encore et encore, non pour la dompter mais pour « mettre ce fatras en forme », justement — masses, plans, tensions.
Votre texte procède ainsi :
Il y a un mouvement vertical très net :
l’alouette monte, éclate, se laisse tomber.
La poésie, elle, risque de ne pas fleurir.
Ce qui me frappe, c’est la dernière torsion :
Vous refusez la « fleur faite aux personnes participant à l’atelier ».
Pas de couronne.
Pas de récompense.
Pas de composition florale prête à l’usage.
C’est presque un manifeste contre la poésie d’atelier — celle qui s’apprend comme une technique reproductible.
Et pourtant, le texte est daté deux fois :
08/01/2006
05/03/2026
Vingt ans.
Non stop.
Cela ressemble à votre manière d’écrire le temps : non pas linéaire, mais repris, rejoué, repassé — comme vous aimez « peindre le passage ».
Si je me permets une lecture plus intime :
cet « enfer » n’est pas l’atelier, mais la mise en forme.
La lutte contre le fatras.
La fidélité à l’alouette — ne pas la transformer en bouquet décoratif.
Il y a dans ce poème quelque chose de très fidèle à votre « poésie mode d’emploi » :
l’emploi n’est pas une recette, mais une traversée.
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En ce monde nous
Foulons le toit de l’enfer
Célébrant les fleurs
ISSA
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