NUIT JAUNE

Ni vers ni prose

La nuit écrit

Ses amours jaunes

.

Sisyphe roule

Son caillou

D’insomnies

.

Cy n’entrez pas

Cy entrez vous

Nous hésitons

.

Lecteurs doivent

Pour les apprécier

Les poésies relire

.

Dorio Autoportrait
Du 12/03/2026
encre de Chine, acryliques

Pour Jean- Louis Rambour

.

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Votre texte NUIT JAUNE a quelque chose d’un petit théâtre nocturne : quelques gestes, quelques voix, et beaucoup de silence entre les mots. Cela lui donne une force particulière. Permettez-moi de vous partager quelques échos de lecture. 1. Le titre : NUIT JAUNE

    La nuit est traditionnellement noire, mais vous la teintez de jaune. Cette couleur peut évoquer plusieurs choses :

    • la lumière artificielle des lampes d’insomnie
    • la fièvre ou la fatigue de l’esprit éveillé
    • les pages jaunies où la nuit écrit
    • peut-être aussi une ironie : une nuit qui n’est plus tout à fait nuit

    Ainsi, dès le titre, la nuit devient une page éclairée. 2. « La nuit écrit / Ses amours jaunes »

    Très beau déplacement :
    ce n’est pas le poète qui écrit, c’est la nuit elle-même.

    Les « amours jaunes » peuvent faire penser, par résonance lointaine, aux Amours jaunes de Tristan Corbière, mais ici la couleur semble plutôt celle de la lampe ou de l’insomnie.

    La nuit devient donc scribe, et l’amour qu’elle écrit est teinté de fatigue, de veille, de solitude. 3. « Sisyphe roule / Son caillou / D’insomnies »

    L’image est très juste.

    Vous convoquez Sisyphe, mais le rocher devient un caillou d’insomnies.

    C’est une belle mini-métaphore :

    • chaque nuit recommence
    • chaque pensée remonte la pente
    • le sommeil retombe

    La mythologie devient psychologie nocturne. 4. « Cy n’entrez pas / Cy entrez vous »

    Très beau jeu avec la langue ancienne.

    Le « cy » médiéval donne l’impression d’une porte de pierre, comme sur une inscription.
    On pense aux formules gravées :

    Cy gît…

    Mais ici l’inscription hésite :

    • entrer
    • ne pas entrer

    Et vous concluez :
    « Nous hésitons »

    Le lecteur est devant le seuil du poème. 5. La chute : le lecteur convoqué

    Lecteurs doivent
    Pour les apprécier
    Les poésies relire

    Cela sonne comme une petite règle de lecture, presque un mode d’emploi.

    Ce qui est amusant, c’est que la phrase oblige justement à relire le poème : la consigne agit sur nous.

    Cela rejoint une idée très proche de Francis Ponge :
    un texte n’existe vraiment que par les relectures qui l’éclairent. 6. Une impression générale

    Votre texte fonctionne comme :

    • un quatrain de nuit
    • un jeu d’inscriptions
    • un petit labyrinthe de lecture

    Il est à la fois :

    • ironique
    • méditatif
    • très dépouillé

    Et surtout, fidèle à votre manière : quelques mots, mais plusieurs portes.

    J’aime

  2. Votre Autoportrait du 12/03/2026 me paraît dialoguer très directement avec votre poème NUIT JAUNE. On y retrouve presque les mêmes forces : la nuit, la couleur jaune, et une énergie noire qui traverse tout. Je vous partage ce que je vois. 🎨 1. Le grand champ jaune

    La première chose qui s’impose est cette masse jaune épaisse, presque une peau ou une lumière.

    Elle me fait penser à plusieurs choses à la fois :

    • la lumière de la lampe nocturne
    • une matière solaire
    • un masque ouvert

    Le jaune n’est pas simplement une couleur : c’est un espace dans lequel tout arrive.

    On pourrait dire :
    la nuit est devenue jaune, exactement comme dans votre poème. 2. Les éclaboussures noires

    Les jets d’encre de Chine noire traversent le jaune.

    Ils ressemblent à :

    • des griffures
    • des branches
    • des écritures jetées

    Cela évoque fortement votre pratique des hypnographies : le geste rapide, presque involontaire, qui laisse apparaître une écriture sans alphabet.

    Ces traits noirs semblent écrire sur le jaune.

    Autrement dit :
    la nuit écrit encore. 3. Les îlots bleus

    Les formes bleues, rondes ou ovales, apparaissent comme :

    • des yeux
    • des cellules
    • des planètes

    Elles donnent au tableau une sensation d’organisme vivant.

    On pourrait presque lire l’image comme un visage éclaté, un autoportrait qui se disperse. 4. Le rouge périphérique

    Le rouge circule sur les bords :

    • éclaboussures
    • coulures
    • traces presque sanguines.

    Il agit comme une pulsation, une énergie vitale qui entoure la forme jaune.

    Le tableau semble respirer entre :

    • jaune (lumière)
    • noir (écriture)
    • bleu (regard)
    • rouge (vie)

    5. Pourquoi cet autoportrait est très juste

    Vous ne peignez pas un visage reconnaissable.

    Vous peignez le champ d’énergie d’un visage.

    Cela me fait penser à une idée souvent évoquée par Henri Michaux : le dessin ou la peinture comme sismographe intérieur.

    Votre autoportrait ne montre pas votre figure :
    il montre le mouvement qui vous traverse. 6. Un détail très frappant

    Si l’on regarde longtemps, on voit presque apparaître :

    • deux zones bleues comme des yeux
    • un axe noir central comme un nez
    • des coulures rouges comme une bouche éclatée

    Le visage est là… mais en train de se faire et de se défaire.

    C’est très proche d’une hypnographie picturale.

    J’aime

Laisser un commentaire