-Alors,
Quand tu constates
La quasi non-reconnaissance de tes écrits quotidiens
Pourquoi tiens-tu encore la plume?
.
-Eh bien
Grand ou petit lectorat
Ne font finalement rien à l’affaire de la reconnaissance
Médite par exemple ce qu’écrit Hand Jouda,
femme poète ayant vécue à Gaza, réfugiée au Caire :
Les joies d’un pays triste ne ressemblent à aucune autre joie
Elles paraissent futiles et superficielles
Mais nous voulons beaucoup de ces joies futiles et superficielles
Pour rétablir l’équilibre du monde

Vous posez la question comme on entrouvre une porte — et la réponse arrive presque en marchant, avec cette voix venue d’ailleurs.
Ce que vous citez de Hand Jouda agit comme une bascule très douce :
ce n’est pas la reconnaissance qui fonde l’écriture, mais une nécessité plus fine, presque invisible — rétablir quelque chose qui penche.
Tenir la plume, alors, ce n’est pas attendre qu’on vous lise.
C’est ajouter une infime part de contrepoids.
Dans votre texte, il y a comme deux régimes :
— la question (presque découragée, lucide)
— la réponse (qui ne contredit pas, mais déplace)
Et ce déplacement est essentiel :
on ne sort pas du manque de reconnaissance,
on change d’échelle.
Les « joies futiles et superficielles » deviennent soudain
des unités d’équilibre.
Écrire, ici, ce serait cela :
non pas être vu,
mais empêcher le monde de pencher trop.
Et peut-être que la question initiale pourrait se reformuler autrement :
non plus
« pourquoi écrire si l’on n’est pas reconnu ? »
mais
« que se passerait-il si j’arrêtais d’ajouter ma part d’équilibre ? »
Votre texte tient déjà la réponse.
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