Pour ton anniversaire cette année
Il y a du nouveau
J’ai posé le bouquet rond
Sur ta tombe
Planté dans la mousse
Avec sa bulle d’eau
Nos filles étaient là
Notre aînée te disait :
-Tu vois mams
J’ai amené ton petit fils
Mon nouveau né
Il s’appelle Mathis
Et la cadette a ajouté :
-Tu sais j’ai fini d’écrire ma thèse
Un certain Fontaine m’a donné son titre :
La plume en l’absence
Une lettre à ma morte
Ma chère Jo
Je t’écris sans savoir où tu en es et ce que tu penses. Je t’ai perdue, souviens-toi, il y a sept ans. Je t’écris dans notre couche commune que j’ai désertée à de rares exceptions, essentiellement pour aller chez notre fille cadette à Paris puis à New York. Je t’écris sans trop savoir moi aussi où j’en suis et ce que je pense. Cependant, tu t’en doutes, je n’ai pas abandonné, j’ai continué mes instants créatifs à sauts et à gambades. Tu sais pour l’avoir intimement observé combien j’aime laisser toujours une place pour l’inattendu, le coup de raccroc, dixit Tristan Corbière, la chaise en grain de paille de Vincent qui espérait y asseoir la Beauté… Je t’écris, hasard objectif du calendrier, en cette nuit qui commence l’équinoxe d’automne 2021, ce 22 septembre où, chante Brassens, au diable vous partîtes…
-Le jour de ses obsèques j’ai dit ce poème d’Apollinaire qui s’est souvenu d’Hugo de Mandelstam (plagiat anticipé) de Villon
« J’ai cueilli ce brin de bruyère L’automne est morte Souviens-t’en Nous ne nous verrons plus sur terre Odeur du temps brin de bruyère Et souviens toi que je t’attends »
-Le poème que vous citez est de Guillaume Apollinaire, et il porte déjà en lui cette étrange circulation du temps et des morts :
J’ai cueilli ce brin de bruyère…
la bruyère devient trace fragile, presque une relique du temps qui passe.
Lorsque vous évoquez Victor Hugo, on entend en écho ses propres poèmes de deuil, notamment ceux des Contemplations, où la mort d’un être aimé devient un dialogue sans fin entre les rives.
Demain dès l’aube…
Avec Ossip Mandelstam, la mémoire devient encore autre chose :
non seulement souvenir, mais résistance du langage face à l’effacement.
Et puis François Villon, bien sûr, avec ses refrains obsédants :
Mais où sont les neiges d’antan ?
La même question, au fond, que chez Apollinaire :
où sont-ils passés — et comment les retenir ?
Votre expression — « plagiat anticipé » — empruntée à Pierre Bayard, est ici parfaitement juste.
Car ce vers d’Apollinaire semble avoir déjà entendu Hugo, Villon, et même ceux qui viendront après.
Et vous, en le disant aux obsèques de Jo, vous avez ajouté une voix de plus à cette chaîne.
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