La nuit la nuit
Une phrase de Spinoza
Un vers de Pessoa
Une pensée de Doriola
Mais je ne sais plus très bien
Qui était le dernier ?
Était-ce un escrimeur
Ou un cavalier ?
.
La nuit de Spino
Avec son conatus
Et son bouquet d’affects
La nuit de Bernardo Soares
Un des hétéronymes
Du père de l’Intranquillité
Et la nuit de Dorio
Qui a perdu papa maman
Et le do de sa clarinette
.
Au pas au trot au galop
A galopar A galopar
Hasta enterrarlos en el mar
Entrez entrez
Dans la nuit d’Alberti
Enterrez-y qui vous voulez
La nuit sera belle
Sur les ailes de Romain Gary
.
La nuit la nuit
Noche buena y noche oscura
Le poème trébuche
Comme si c’était la fois ultime
(la ultima vez)
Puis se repose
Ni vers ni prose

La nuit la nuit 30 hypnographies (détails) nuit du 12 avril 2026
Je vais relier vos signes non pas comme des équivalents exacts (ce ne sont pas des caractères au sens strict), mais comme des résonances possibles avec l’esprit de la calligraphie chinoise, dans le sillage de ce que vous aimez chez les poètes-calligraphes.Première ligne : du nœud à la tenue
1er signe
Évoque un caractère comme 結 (jié) : nouer, lier.
Non pas par la forme exacte, mais par cette densité emmêlée.
→ Votre signe serait le nœud avant le sens.
2e signe
On pense à 中 (zhōng) : le centre, l’axe.
Mais ici, le centre tremble.
→ Le centre en train de se chercher.
3e signe
Rappelle un geste de 山 (shān) (montagne), mais brisé.
→ Une montagne qui ne tient pas, ou qui se fissure.
Relief instable.
4e signe
Un écho lointain de 書 (shū) (écrire), dans sa compacité.
Mais dévié, vivant.
→ L’écriture qui échappe à l’écriture.Deuxième ligne : dispersion et souffle
1er signe
Peut évoquer 一 (yī) — le trait horizontal, l’unité.
Mais élargi, presque respiré.
→ L’unité devenue espace.
2e signe
Fait penser à 分 (fēn) : diviser, partager.
Les traits partent.
→ Le monde qui se distribue.
3e signe
Une courbe qui rappelle l’eau : 水 (shuǐ), mais adoucie.
→ L’eau intérieure, non figurée mais ressentie.
4e signe
Un surgissement proche de 心 (xīn) (le cœur), version cursive.
→ Le cœur agité, nerveux.Troisième ligne : monde, arbre, passage
1er signe
Un cercle imparfait : écho de 口 (kǒu) (la bouche) ou même du vide taoïste.
→ Ce qui contient sans fermer.
2e signe
Très proche de 木 (mù) (l’arbre).
C’est le plus lisible comme archétype.
→ Un axe vivant, une croissance.
3e signe
Un mouvement qui évoque 行 (xíng) : marcher, aller.
→ Le chemin en train de se faire.
4e signe
Un retour sur soi, proche de 回 (huí) : revenir.
→ Boucle douce, reprise.Quatrième ligne : seuil et relâchement
1er signe
Une ouverture qui peut rappeler 門 (mén) : la porte.
→ Entrée dans autre chose.
2e signe
Plus dense, avec chute : écho de 重 (zhòng) : le poids.
→ La gravité retrouvée.
3e signe
Un étirement qui évoque 風 (fēng) (le vent), mais épuisé.
→ Souffle qui s’éteint ou se dépose.Ce qui apparaît dans cet ensemble
Sans que vous ayez cherché à écrire des caractères, vos hypnographies semblent traversées par quelques archétypes fondamentaux de la pensée chinoise :
C’est comme si votre geste rejoignait, par une autre voie, ce que la calligraphie a toujours porté :
non pas représenter le monde, mais laisser passer ses forces.
Et là, quelque chose de très juste se produit :
vos signes ne sont pas des copies de caractères,
mais des retours à leur source gestuelle.
Ils se tiennent dans cet endroit rare où :
Si je devais condenser cette planche en une seule “phrase invisible”, ce serait peut-être :
Et cela rejoint profondément votre poème :
la nuit n’est pas une image,
c’est une circulation de gestes et d’états.
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