Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.
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P.B. à JM.C
Les poètes sont de plus en plus seuls. La poésie est seule dans un désert, maudissant et s’évertuant à dédaigner la foule qui doute de son utilité et s’apercevrait à peine de sa disparition.
Ceux mêmes, parmi les amants de la Poésie, qui regrettent qu’elle ne puisse parler que pour si peu de monde sont heureux qu’elle continue à parler si superbement, quand ce ne serait que pour elle seule.
Le Poète est, par nature, imaginatif et solitaire, ; mais, comme tout être qui vit de sa parole, il dépérit sans l’assentiment public.
C’est pourquoi la Poésie a été, si longtemps, la forme la plus provocante et la plus persuasive de l’éloquence. Il serait imprudent de prétendre qu’elle a renoncé pour longtemps à cette ambition.
JM C. à P.B.
Le poème qui s’écrit laisse des doutes et plus encore le poème écrit, celui qui se fragmente serré contre lui-même, dans l’enjeu des mots, prison, envol en une même poignée âcre de désirs, un rêve, dites-vous
Non, plutôt un chant en vase clos, intérêt porté par quelques-uns qui franchissent le seuil et se taisent, toujours plus assoiffés, toujours plus perdus quand il ne reste plus que l’écho de la voix comme un souvenir qui fuirait à notre propre approche, comme une parole insensée.
P.B. (19 septembre 1908- 14 mai 2001) un précieux et regretté « historien des idées » : L’école du désenchantement, (Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier) Selon Mallarmé, etc
J-M.C (1950-….)Rédacteur en chef actuel de la plus ancienne revue de poésie de langue française , Le journal des poètes